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Flâneries Tuchides

mardi 26 juillet 2022

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Flâneries Tuchides

Flâneries Tuchides

Une collaboration Marguerite Allotte de La Fuÿe et Jean Thiébaut

Blason de la famille Pichelin

"De gueules au chevron d’argent accompagné en chef de 3 besants d’or 2 et 1 et en pointe, d’une merlette d’argent"

A la rencontre des Pichelin du Pays Nantais

Présentation

Ces Fläneries Tuchides ont été réalisées à l’attention de mes amis aux Touches, Henri Lepage et Joseph Jousset, pour contribuer à leurs recherches sur l’histoire de cette sympathique commune de Loire-Atlantique. Leur travail difficile, dont la rigueur intellectuelle le dispute à la persévérance, est digne d’éloges : si ces quelques lignes sans prétention peuvent combler des "nids de poule" sur les sentiers de notre passé, j’en serai ravi.

Ce document est en réalité un "mixage" réalisé à partir de deux documents appartenant à la Famille Pichelin, dont nombre des membres naquirent et s’éteignirent aux Touches.
Évidemment, nous en avons retiré les éléments trop personnels qui ne présentent de l’intérêt que pour les personnes de la famille.

Le premier document, qui sert de trame à ce récit, est "L’Histoire des Pichelin du Pays Nantais”.
Il a été réalisé par mes soins à l’occasion de la Réunion de 500 des 1200 descendants actuels des "Pichelin du Pays Nantais”, à Port Saint Père en 2006. Ce document parcourt l’histoire de la famille de 1490 à 1940.

Le second texte, "Le Mémorial Pichelin", est d’une tout autre qualité. Il a été réalisé pendant la guerre 1914 par une écrivain de la famille, Marguerite Allotte de La Fuÿe, fille de Pierre Marie Émile Pichelin, 1847-1921, et d’Elisabeth Jegou d’Herbeline, 1849-1934.

Marguerite, qui a eu le malheur d’être veuve à 22 ans, était une poétesse. Elle écrivait aussi des pièces de théâtre. Elle a connu la notoriété en devenant la biographe "officielle" de son oncle Jules Vernes, cousin germain de son beau-père, Maurice Allotte de la Fuÿe.

Le Mémorial, dont le titre initial était "Souvenirs de Pitre Pichelin", a été réalisé sur les bases du journal intime de son Grand-Père, Pierre Louis Antoine Pichelin dit "Pitre", qui en est le personnage central. Pitre a vécu de 1814 à 1905, le Mémorial couvre donc cette période assez riche dans la longue histoire de cette famille.

Marguerite était une femme adorable mais un peu spéciale : croyante traditionaliste, royaliste.
Le Mémorial contient donc quelques jugements de valeur qui n’engagent qu’elle, mais qui sont très instructifs pour apprécier l’ambiance de l’époque.

Pour réaliser ces Flâneries, nous avons donc choisi d’incruster les extraits du Mémorial, relatifs aux Touches, sur la trame général de la saga Pichelin.

Maintenant, laissez vous guider et suivez nous...

Chapitre 1

CHAPITRE 1 - DU 15° au 19° SIÈCLE, OÙ DE THOMAS À JEAN - MARIE

Avant de commencer, je vous propose de faire un peu de géographie :

IL y a au nord de la Loire, à une trentaine de kilomètres au Nord-Est de Nantes du coté d’Ancenis, une région qui est le bassin de l’Erdre. On trouve dans cette région 4 communes très proches les unes des autres, de quelques kilomètres : Trans-sur-Erdre, Joué-sur-Erdre, Nort-sur-Erdre et les Touches. C’est dans cet étroit périmètre de quelques 20 km de large que pendant 450 ans au moins, de 1490 à 1936, vont vivre les Pichelin, en résidence principale jusqu’en 1700 puis secondaire, lorsqu’ils s’installeront à Nantes.

C’est donc bien là que se trouvent les racines des Pichelin du Pays Nantais.

1-1. Les PICHELIN, notaires et bourgeois ruraux

La première Généalogie de la famille Pichelin a été réalisée par l’abbé Céleste Pichelin, né en 1728 et mort en 1797, qui officiait aux Touches. Étant le fils aîné de Céleste Pichelin de la Chapelle, il était donc le Grand-oncle de Pitre [1]. Il a réalisé sa généalogie à partir des registres paroissiaux des Touches, et sans doute de ceux de Joué et de Trans.

Le premier Pichelin, notre ancêtre, identifié par l’abbé Céleste était Thomas Pichelin vivant, je cite, "en bon bourgeois à Trans en 1490".

Les Pichelin vont ainsi vivre, et mourir à Trans pendant 3 générations, Thomas, Michel et Louys n°1.

C’est Guillaume, le Pichelin de la 4° génération, qui par son mariage avec une demoiselle (vraisemblablement) de Joué sur Erdre à 4 kilomètres de là, va venir s’y installer, sans doute vers 1590/1600, où il va retrouver des Bonamy [2].

Entre 1500 et 1601 l’année de la naissance du Pichelin de la 5° génération, Louis n°2, la famille va voir ses positions se renforcer par ses mariages et ses fonctions : ils Sont notaires de père
en fils et procureur fiscaux de diverses Baronnies d’Ancenis, de la Musse etc.

Voici ce que raconte l’abbé Trochu [3] sur nos ancêtres et leurs collègues.

Dans nos campagnes il y avait autrefois la petite société de ceux, appelés de par leur situation ou leurs fonctions, les notables de la paroisse. Cette petite bourgeoisie jouait un rôle important dans la vie locale. Ayant de l’instruction, une certaine éducation, de l’aisance et pas mal d’ambition, elle avait plus d’influence pratique que la noblesse sur la population du lieu. Elle en était plus proche et faisait l’opinion.

Ces notables comprenaïent les divers fonctionnaires de chaque juridiction selgneuriale de la région. Chaque juridiction avait son administration et son petit tribunal composé du “sénéchal" (le juge), le "procureur fiscal" (le défenseur des droits seigneuriaux), un greffier, un notaire, un huissier. Les charges de sénéchal et de procureur ne pouvaient se cumuler dans la même juridiction, celles de greffier, notaire et huissier n’avaient pas la même obligation. Comme les juridictions seigneuriales de nos campagnes étaient de peu d’importance et ne pouvaient faire vivre ses propres fonctionnaires, il était très courant que ces derniers cumulent les mêmes charges dans les juridictions voisines.

En général, ce petit monde vivait assez bien et pouvait acheter un petit domaine. Il serait trop long d’énumérer tous ces notables dont on retrouve les traces dans les registres d’état civil [de Riaillé] surtout aux XVII*et XVII siècles. La plupart faisaient précéder leur nom de "Maitre" ou Simplement "h.h." (honorable homme) et le faisait suivre du nom de leur propriété, par exemple : Maître Jean Dupuis. sieur du Fretey. Certains d’entre eux ayant acquis une terre qualifiée de noble s’intitulaient "N.H." (noble homme), ainsi pour exemple : N. H. Michel Patier, Sieur de la Gérardière.

La plupart du temps. ces petits fonctionnaires n’avaient qu’une maison assez ordinaire, parfois basse, parfois à étage avec un escalier le plus souvent extérieur. Elle était couverte d’ardoises ce qui indiquait un degré de supériorité sur les demeures à toitures de chaume.

De Joué aux Touches

Ce Louis n°2 sera le premier Pichelin à s’installer aux Touches, vraisemblablement entre 1630 et 1650 [4] après la naissance de ses deux premier enfants nés à Joué, Guillaume n°2 et Jehan notre ancêtre direct. Ils auront une sœur Ollive, née à Joué ou aux Touches, mais tous les trois décéderont aux Touches.

Le fils aîné, Guillaume n°2, qui ne devait pas être attiré par le droit sera "Arquebusier", Ce terme est ambigu : il peut désigner le soldat portant une arquebuse où l’armurier [5] fabricant d’arquebuses. Mais vu l’origine [6] de cette précision, et compte tenu de ce qu’on sait sur sa vie familiale et sur la grande vitalité de l’artisanat aux Touches [notebasoage : voir chapitre 3 : les Touches et le Corps de Garde], il est évident que Guillaume, sédentaire, était un armurier et non un simple soldat.

C’est donc Jehan le cadet qui va succéder à son père comme notaire et comme procureur fiscal de plusieurs Baronnies du voisinage : de la Muce (à Petit-Mars à 6 kilomètres des Touches), des Joüons (???), du Vernay et de la Herpinière (aux Touches).

A propos de la Muce (ou Musse) dont il est beaucoup question chez les Pichelin au XVI et XVII siècles.

Au XIV® siècle, on distingue deux territoires Grand-Nort et Bas-Nort. Le territoire de Grand-Nort au nord) est dominé par la famille de Lucinière (originaire de Normandie) et qui acquiert par alliance la baronnie de Châteaubriant, Le territoire de Bas-Nort (au sud) est dominé par la famille de Pont-Hus, En face du Pont Hus, protestant, s’élêve Lucinière, catholique. La partie centrale est connue par les fiefs de Villeneuve, du Moulin et de Rieux.

En 1200, Hus de La Musse, seigneur de Ligné, vient s’établir à Petit-Mars où il fait bâtir un donjon en face de la Tombe Houx et un pont (qui disparaît en 1855), au Pont-Hus. Plus tard ce donjon est agrandi et reconstruit puis devient un château féodal, Le seigneur de La Muce où Musse possédait une juridiction dont relevaient les fiefs de Villeneuve, de Rieux, du Moulin, La Garenne, avec le bourg de Nort-sur-Erdre et Montreuil. Le château appartient durant quatre siècles aux de La Muce, puis passe par alliance dans la famille Goyon de Marcé, en 1678 (Internet : info.bretagne.com)

D’après un acte de 1649, à 24 ans, il habite le bourg des Touches et acquiert des biens sur la commune. Il fait de nouvelles acquisitions en 1663. Puis le 27 juin 1684, d’après le Mémorial, il
aurait acheté le Corps de Garde qui deviendra la maison familiale des Pichelin.

L’abbé Céleste s’est-il trompé ?

Mais revenons un instant à Guillaume n°2. Il aura plusieurs enfants et c’est son fils Guillaume n°3 qui reprendra la charge de son oncle Jehan comme notaire et procureur fiscal de la Muce, lorsque Luc, le propre fils de Jean, choisira de rompre avec la tradition et de devenir avocat.

En septembre 1679 Guillaume n°3 épousera une noble demoiselle de Carquefou, Marguerite de Bourgues, héritière du domaine de la Filonnière. Ils auront plusieurs enfants mais comme c’est leur fille Marguerite qui sera l’héritière de la Filionnière on peut en déduire qu’ils n’ont pas eu d’enfants mâles qui aient durablement survécu. Mais, par les femmes, ils auront une illustre descendance du côté de Carquefou : les Marchis, les Seigneurs de la Chambre, les Seigneurs de Beauregard...

Nous avons donc là l’explication d’un mystère qui m’a longtemps intrigué : pourquoi l’abbé Céleste a-t-il prétendu dans sa généalogie que Guillaume n°2 était mort sans postérité, alors qu’il est avéré par les registres paroissiaux qu’il a eu de nombreux enfants et petits enfants ????

La raison est sans doute qu’il ne devait s’intéresser qu’à la postérité agnatique, celle des “Pichelin", comme beaucoup de généalogistes.

Néanmoins Guillaume n°3 a eu au moins cinq frères nés aux Touches [7] : rien n’interdit donc de penser qu’il en soit issu des lignées "Pichelin" dont nous aurions perdu la trace. Si jamais c’était le cas, ces Pichelin ont dû quitter la région, sinon l’Abbé Céleste les aurait nécessairement identifiés dans sa généalogie.

Mais comme l’a analysé l’abbé Trochu, à cette époque la mortalité infantile était énorme : par exemple Jehan aurait eu au moins onze enfants, et nous n’en connaissons que deux qui auraient vécu assez vieux pour se marier. on ne peut donc jurer de rien.

Les Pichelin consolident leur position

Pour conclure sur cette période de Notaires et de Procureurs pendant laquelle la famille est restée fidèle à la Baronnie de la Muce, et réciproquement, voici ce qu’on peut lire d’un historien local [8] :

les registres paroissiaux donnent une bonne quinzaine de Notaires et de Greffiers vivant sur les Touches. Pourquoi ces gens là étaient ils si nombreux et vivant plutôt sur les villages que dans le bourg ? Sans doute étaient ils plus à l’aise a quelques lieux du château de leur seigneur, à travailler pour leur compte autant que pour leur employeur. Le seigneur de la Muce [...] le Baron d’Ancenis avaient-is besoin de quelques écus supplémentaires pour parader à la cour du Roi. Pour acheter une charge près le Parlement de Bretagne ou un brevet de Capitaine...? Le notaire rognait les bordures des propriétés du Seigneur sur les Touches, Trans où Mouzeil, vendait au laboureur les champs autour de la propriété. Il retenait une bonne commission, et envoyait le reste au bel Écuyer, au beau Baron qui pouvait continuer sa vie oisive à Paris, Versailles ou Rennes, à moins encore qu’il n’en ait besoin pour lever une compagnie de soldats et payer ses mercenaires...

C’est vraisemblablement ainsi que la famille Pichelin, bourgeois ruraux de 1500 à 1700, a consolidé son patrimoine et sa position sociale dans cette zone très restreinte de quelques kilomètres carrés, prés de Nort.

À partir de Luc se produit donc une importante évolution dans la famille : de Notaires et Procureurs ils deviennent Sénéchaux [9] et Avocats, au Parlement de Paris et à celui de Bretagne, ce qui a dû élargir leur horizon... et c’est de familles au profil analogue, sénéchaux, membres du Parlement, procureurs, avocats, échevins que, assez systématiquement, seront issues leurs conjointes : de Massalve, Letourneux, de Launay, Mazureau, Secretain ...Ce qui fait que, dans nos ancêtres, nous constatons une extraordinaire densité de "gens de robe".

Luc qui a passé son diplôme à l’université de Poitiers va ainsi inaugurer une longue lignée d’avocats Pichelin de père en fils pendant six nouvelles générations, de 1675 à 1970 : trois siècles.
C’est ce Luc qui inaugure dans la famille le port de la particule en s’appelant Pichelin du Fretay et c’est à partir de Luc que la famille s’installera à Nantes.

Elle ne gardera les Touches que comme résidence annexe, puis secondaire, et pour ses fermes de rapport.

Du statut de Bourgeois Ruraux, les Pichelin accédaient à celui de Bourgeois Nantais.

1-2. Les Pichelin, bourgeois à Nantes

Luc, né aux Touches, est donc avocat au Parlement de Paris mais garde des activités dans la région puisqu’il est Sénéchal de la Musse et que ses enfants naissent aux Touches. Il va se marier avec la fille d’un collègue Sénéchal à Clisson, Élisabeth de Massalve.

Comme beaucoup de petits notables du XVII* et XVIII siècle, il fait suivre son nom du nom de sa propriété et inaugure à 21 ans le port de la particule dans la famille Pichelin : Luc Pichelin du Fretay.

Je ne sais pas exactement où se situe Le Fretay, mais comme il existe des terres de ce nom sur la commune de Riaillé [10], voisine de Joué, il doit s’agir de ce lieu-dit.

Raisonnons 30 secondes : L’abbé Céleste rapporte que le brevet d’avocat a été attribué au Sieur Pichelin du Fretay à 21 ans. À cet âge Luc n’était pas marié (son premier enfant est né 9 ans plus tard) Le Fretay ne pouvait donc venir ni de sa femme, ni d’un achat personnel.
Je présume donc que les terres du Fretay provenaient de ses parents, et comme je vais essayer de vous le démontrer, d’une propriété qu’il n’a sans doute pas habitée.

C’est très intéressant car il en sera de même pour les suivants, les Sieurs de la Chapelle et du Clairay et nous pouvons donc en déduire un axiome que je vais appeler l’axiome "Pichelin" :
"Les sieurs Pichelin n’habitaient pas les terres dont ils portaient le nom !"

Luc va avoir plusieurs enfants dont deux garçons. L’aîné Georges Pichelin de la Bonœuvre [11], marié, décédera à 36 ans, sans postérité (agnatique ?) d’après l’abbé Céleste [12] ce qui doit être exact.

Le deuxième fils de Luc, Céleste va naître à la Chapelle en les Touches. Si Céleste naît à la Chapelle, c’est que son père Luc y résidait. Il est donc probable que c’est Luc qui a acquis, ou plus vraisemblablement reçu en héritage, la propriété de la Chapelle. On peut supposer que La Chapelle appartenait à son père Jehan, avant que celui-ci n’achète le Corps de Garde et ne s’y installe.

La Chapelle

L’ancienne chapelle dédiée à Saint-Jacques de Compostelle (XII siècle), restaurée au X4IP siècle, et aujourd’hui disparue. Une croix commémorative est élevée à son emplacement au XX° siècle. De l’autre côté de la route se trouvait jadis (et se trouverait encore) le logis dit La Chapelle (XVII siècle). Valénenne Pichelin (Mme Longuet de Montplaisir) meurt en son logis de La Chapelle Saint-Jacques, en 1799 (et non 1777 comme cité sur Internet : info.bretagne.com)

Néanmoins, de l’autre côté de la route, le logis de "La Chapelle” est très bien conservé ; le toi en est très en pente. Le nom a fait supposer que c’était autrefois un hospice où une maison d’accueil pour les malades ou voyageurs (info Les Touches)

Cette maison de La Chapelle, qui existerait encore, appartient sans nul doute à la famille puisque Céleste s’appellera Pichelin de la Chapelle et que sa fille Valérienne, épouse Longuet de Montplaisir, en héritera et y mourra.

Céleste qui est avocat au Parlement de Bretagne et Procureur au Présidial de Nantes, habite Nantes, rue des Carmélites et les Touches ne sont plus que sa résidence annexe.

Comme ses parents il est Sénéchal de la Musse mais il a un autre centre d’intérêt de l’autre coté de la Loire car, d’une part il est également Sénéchal de Saint-Julien-de-Concelles, d’autre part il va épouser en 1726 Valérienne Letourneux du Loroux-Bottereau, la commune limitrophe de Saint-Julien.

Valérienne apportera dans la famille le manoir de la Copsonnière en Saint-Julien et la Maison Noble du Clairay, héritée de son oncle maternel [notebaspoage : voir chapitre 4] située dans les "Faubourgs du Clairay" [13] au Loroux-Bottereau.

Julien qui naît à Nantes en 1739 sera sans doute le personnage le plus important de la famille, puisqu’il sera avocat, Conseiller du Roy et surtout Juge-Garde à la Monnaie ; à ce titre le ménage résidera à l’Hôtel de la Monnaie.

Il va se marier une première fois en 1768 avec une demoiselle de Saint-Julien de Concelles et une seconde fois, veuf, en 1770 avec Renée de Gallisson dont il aura un fils Jean-Marie qui naîtra en 1771 à Saint-Julien de Concelles.

D’autre part sur différents actes de 1783 à 1802, Julien est cité comme propriétaire de la Copsonnière qui initialement devait appartenir à son frère Sébastien cité comme "sieur de la Copsonnière" [14].

Ceci tendrait à prouver que Sébastien, lui aussi, est décédé prématurément sans postérité et que son frère Julien aurait récupéré la Copsonnière pour y installer sa famille, tout en conservant la propriété du Corps de Garde, aux Touches et celle de la Maison du Clairay.

1-3. En résumé

Le scénario a sans doute été le suivant : Jehan est propriétaire de la Chapelle . Il achète le Corps de Garde en 1684 pour y habiter et laisse la Chapelle à son fils Luc qui a 30 ans à l’époque (et qui a dû se marier dans ces années là) . Quand Jehan meurt, Luc récupère le Corps de Garde et laisse la Chapelle à son fils Céleste qui, à la mort de Luc, hérite de l’ensemble des propriétés.

Au décès de Céleste, Valérienne hérite de la Chapelle, Julien des propriétés du Clairay au Loroux-Bottereau, Sébastien de la Copsonnière à Saint Julien-de Concelles et Marie-Élisabeth, épouse Collet, de terres dont certaines à St Julien [15] Quant au Corps de Garde, il est soit resté en indivision, soit revenu à Julien, soit à l’abbé Céleste soit à Julien et Céleste ???

Quoi qu’il en soit quelques années plus tard Julien puis son fils Jean-Marie se retrouveront uniques propriétaires du Corps de Garde, de la Copsonnière et de la Maison du Clairay.

Chapitre 2

CHAPITRE 2 - JEAN- MARIE, LE PÈRE DE PITRE

En relisant le Mémorial de Tante Guita [16], j’ai été frappé de ce que Pitre ne fait pratiquement jamais référence à son Père, Jean-Marie Pichelin du Clairay, ou Pichelin du Cleray comme l’usage s’en est imposé au fil du temps [17]. Il y parle de sa mère, de ses sœurs, de ses cousins du côté de sa mère, de tout le monde mais jamais de son père : c’est curieux pour quelqu’un qui avait comme lui le culte des valeurs familiales !!!

Effectivement, en première analyse, son père Jean-Marie pourrait passer pour un curieux personnage. Il avait fait des études de droit. Il avait le titre d’avocat mais il n’exerça jamais. II ne vivait pratiquement pas à Nantes mais retiré à St Julien-de-Concelles, au sud de la Loire dans une petite propriété qui venait de sa grand-mêre paternelle. Il y vivait comme un paysan et ne mettait jamais les pieds aux Touches, dont pourtant il fut nommé maire à la Restauration par le roi Louis XVIII et le resta 15 ans, jusqu’à l’avênement de Louis-Philippe.

Alors pourquoi ce comportement hors norme et cet étrange silence à son sujet qui s’est d’ailleurs perpétué dans la famille ? Comme me confiait Antoine Pichelin, on ne parlait jamais du père de Pitre. Pourquoi ???

2-1. Les 132 Nantais

En 1793, au moment de la Terreur, Jean-Marie avait 22 ans. Son père Julien était un personnage important à Nantes puisqu’il était Juge Garde à la Monnaie jusqu’à cette époque.

En octobre 1793, l’ignoble Carrier est envoyé à Nantes par le Tribunal Révolutionnaire de Paris pour mener les purges contre les contre-révolutionnaires royalistes et catholiques, et contre ce qu’on appelait les Fédéralistes. Les prisons sont alors pleines de suspects. La question est : « comment s’en débarrasser ? ». Le 17 novembre a lieu la première noyade de masse dans la Loire. La seconde aura lieu le 7 décembre. Entre ces deux monstrueuses opérations une variante est prévue : un groupe de suspects, finalement 132, seront envoyés à Paris le 27 novembre, en principe pour être y jugés : mais en fait les ordres étaient de les abattre en chemin, avant d’arriver à Angers.

Le 24 novembre 1793, Julien Pichelin et son fils Jean-Marie sont arrêtés pour la seconde fois. Ils avaient été dénoncés pour avoir abrité des prêtres réfractaires et critiqué les assignats. En fait, d’après les historiens [18], ils avaient très certainement été plutôt dénoncés par jalousie de leur position sociale et matérielle, comme la majorité des personnes arrêtées à cette époque.

Ils vont faire partie des 132 Nantais qui sont envoyés à Paris sous le fallacieux prétexte de Fédéralisme [19]. Leur horrible voyage à pied dans des conditions abominables durera 40 jours [20].
Plus du quart mourront en cours de route des mauvais traitements, épuisés, affamés ou malades. Ceux qui, par une surprenante succession de miracles, vont survivre à ce calvaire seront enfermés pendant 8 mois à la Conciergerie [21] et dans d’autres prisons parisiennes dans des conditions tout aussi horribles. Sur ce sujet je vous conseille de lire l’extraordinaire relation de cette histoire faite par le Comte de la Guère [22].

Deux mois après la chute de Robespierre, nouveau miracle, ils seront acquittés et rentreront chez eux vers octobre 1794.

D’aprés la tradition familiale, Jean-Marie avait fait ses études de droit et avait le titre d’Avocat.
C’est ainsi qu’il est cité comme témoin au mariage [23] de sa nièce Lefoulon en 1824. Mais il n’aurait jamais exercé : pourquoi ?

On peut imaginer à cela plusieurs raisons plus ou moins liées.
À l’âge où il aurait dû préparer, valider où exploiter son diplôme, il y a eu la Révolution, son arrestation puis l’époque très troublée de la Chouannerie. Le calme ne reviendra qu’après 1800.
Or en 1803, deux ans avant son mariage, une nouvelle organisation [24] du Barreau exigea des diplômes universitaires qu’il n’avait donc, peut-être, pas eu l’opportunité de passer [25].

Mais aussi les épreuves qu’il avait vécues à 22 ans, qui plus est avec son père âgé de 60 ans, et sa mère qui les avait suivis à Paris, avaient dû le marquer à tout jamais et le rendre, on le comprend, très misanthrope à l’égard d’une partie de ses concitoyens.

À leur retour de la Conciergerie, leur situation devait être trés difficile à vivre, surtout à Nantes.
Certainement plusieurs des relations nantaises de la famille faisaient partie des révolutionnaires qui les avaient condamnés, comme par exemple ce fameux Président du Tribunal Révolutionnaire, noble-renégat et ancien collègue de Julien, Juge Garde à la Monnaie à Rennes...
Aussi, après son calvaire de 1793 et de 1794, Jean-Marie n’avait sans doute plus le goût, ou les contacts, pour exercer ce métier dans le contexte post-révolutionnaire de l’époque à Nantes.

En 1805, onze ans après sa libération, il se mariera avec une orpheline Luce Mazureau, de douze ans sa cadette. La famille habitera à Nantes rue Malherbe, mais Jean-Marie s’isolera à Saint-Julien, le seul endroit qu’il supporte.

2-3. Tourner la page

Alors la fin de l’histoire est facile à comprendre.

Il a dû se passer en 1795 chez les Pichelin ce qui s’est passé en 1945 pour les survivants qui sont rentrés des camps de concentration allemands : pendant des années leur famille a occulté cette horreur : on n’en parlait pas, on voulait tourner la page, oublier et essayer de croire à autre chose qu’à l’ignominie de ses contemporains.

Chez les Pichelin on en parlait d’autant moins que, à part son père Julien, tous les autres parents, oncles et tantes de Jean-Marie devaient être décédés quand il s’est marié en 1805.
Jean-Marie avait 43 ans d’écart avec son fils, et Il est mort quand Pitre n’avait que 16 ans, peu de temps après le décès de son fils aîné Julien. Il n’a certainement jamais trouvé ni le goût, ni le temps de raconter tout cela à son petit dernier. Et pourquoi lui gâcher son plaisir, à lui qui était contraint de vivre à Nantes, qui avait subi la mort de son frère aîné chéri, et qui, comme sa mère et ses sœurs, adorait les Touches et les Touchois ?

Même Luce Mazureau, la mère de Pitre, n’a peut-être jamais dû savoir exactement ce qui s’était passé : qui aurait pu lui raconter tout cela ?

Jean-Marie devait être discret sur le sujet, et les circonstances exactes de sa tragédie n’ont commencé à être publiées que 50 ans après sa mort, grâce au témoignage inespéré du comte de la Guêre qui faisait partie des 132 malheureux.

Mais Luce qui avait douze ans de moins que son mari devait sentir intuitivement qu’il y avait un traumatisme profond chez celui-ci. On le devine bien lorsqu’elle écrivait à Pitre "garde-toi, mon fils, de cette paresse, de ces habitudes de sauvagerie qui ont fait que ton père n’avait ni camarades, ni amis, de sorte que ne voulant point se gêner, il trouvait plus agréable de vivre en sabots à St Julien-de-Concelles et de nous laisser seuls à Nantes et aux Touches m’occasionnant une vraie contrariété, la seule que j’ai eue en ménage.[...]"

Comme Luce était une femme intelligente, elle a voulu dans l’intérêt de ses enfants qu’une page soit définitivement tournée dans l’histoire de la famille. Cela transparait dans le Mémorial.
Aussi un an après le décès de Jean-Marie, Luce a eu la sagesse d’éloigner Pitre de Nantes pour qu’il fasse ses études à Paris, qu’il élargisse ses horizons et regarde résolument vers l’avenir, affranchi des drames du passé.

Luce a gagné son combat : quelques années plus tard, sans le renier pour autant, Pitre adepte des idées nouvelles ne pouvait plus se reconnaître dans le modèle de son Père, le décalage était devenu trop grand... Alors que pouvait-l écrire d’édifiant sur Jean-Marie qui ne soit douloureux ? A mon avis : rien. Et c’est bien ce qu’il a fait et la raison pour laquelle on n’en parlait pas, et grâce à laquelle l’histoire d’amour a pu reprendre dans la famille avec Nantes et sa région.Et en particulier avec les Touches, le berceau familial, que toute la famille aimait tant et réciproquement.

La parenthèse révolutionnaire était refermée, la mère de Pitre pouvait reposer en paix avec sa file Clémence [26] dans la première concession [27] du nouveau cimetière des Touches où elles attendent votre visite.

Chapitre 3

CHAPITRE 3 - LES TOUCHES [28] ET LE CORPS DE GARDE

Les Touches [29] est un nom indiquant un défrichement de bois qui aurait entouré Nort-sur-Erdre.
Plusieurs hameaux s’y appellent "Le Bois Souchard”, "Le Bois Geffray", "Le Bois Nouveau”, "Les Hauts Bois". La "Touche" et la "Bauche" seraient des noms très répandus dans les communes déboisées.

Le sol est vallonné. A l’ouest du bourg, l’altitude atteint 52 mètres au Mont-Juillet [30] qui offre l’un des plus beaux panoramas du département. Quatre moulins occupaient son sommet, dont un a été transformé en calvaire en 1925. A ce jour le calvaire et les vestiges d’un moulin subsistent.

La vérité sur le Calvaire du Mont-Juillet.

Certains "historiens" parlent du Calvaire du Mont-Juillet comme ayant été construit "à la fin du 19° siècle" : c’est une grossière erreur de plus d’un quart de siècle !
Le calvaire du Mont-Juillet a êté construit sur la base d’un des moulins, celui de la famille Servant [31], meuniers au Mont-Juillet depuis 1751. Le fils unique de la famille exploitait encore le moulin avec son père, quand il a dû partir à la guerre de 14-18 où il y a trouvé la mort. Son père poursuivit l’exploitation jusqu’à sa propre mort en 1923. Le moulin et la maison ont alors été vendus à la paroisse des Touches en 1924, et le Calvaire a été édifié au cours de l’année 1925, pour être inauguré définitivement lors du Jubilé du 31 janvier 1926.
Comme on peut le constater sur les photos du Jubilé [32], le Christ du Calvaire n’était pas encore installé à l’aube de ce jour là !

Dans le passé, le Bourg s’était construit plutôt suivant l’axe Sud-Nord, Nantes-Chateaubriand, alors très fréquenté par les piétons les cavaliers et les diligences qui y étaient reçus à l’Hôtel du Cheval Blanc, situé à mi-chemin de ces deux villes. À 50 mètres de l’hôtel se trouvait le Corps de Garde, chargé d’assurer la sécurité du voyageur, au temps où les grands chemins encaissés entre les haies Vives et les bois étaient peu sûrs pour les voyageurs.

Au 20° siècle, à l’ère de la voiture, le développement se fit plutôt selon l’axe Est-Ouest. C’était la route utilisée par les vacanciers, avant la construction des autoroutes, pour aller d’Ancenis à la Baule en passant par Nort.

Jusqu’au 18° siècle la commune était habitée par les "Tuchides" et non les Touchois comme on le dit de nos jours. L’agriculture était l’activité principale mais l’artisanat n’en était pas moins présent et très prospère comme l’indiquent les vieux registres paroissiaux [33]. La devise latine des Touches était : "Fromento, vitique levis”, ce qui veut dire : "Terre fertile pour le froment et la vigne”. En effet la commune comptait neuf moulins à vent [34] et le moulin à eau de la Chaussée : A la fin du 19ème siècle, il y avait encore 500 hectares de vignes : gros plant, et muscadet dont c’est l’ultime limite de la culture au nord de la Loire.

Au 19° siècle on y exploita même du charbon. Les mines s’étendaient sur 2100 à 2200 hectares et dépassaient les limites géographiques de la commune. Il s’agissait de puits peu profonds creusés au hasard sur des affleurements houillers qui servaient essentiellement à la consommation courante, La production de ces mines était de 2 à 300 hectolitres par jour. Du charbon contenant des cendres était également extrait. Il servait à la cuisson de la chaux et à la fabrication du coke (grâce à l’ajout de la houille anglaise) :

La paroisse existe depuis 1287 [35] et est située sur un sillon entre deux vallées. Elle dépend alors des seigneurs de la Muce (ou Musse) à Petit-Mars au Pont-Hus qui possèdent des droits à Ligné, à Mouzeil et à Nort sur Erdre. Et cela jusqu’en 1789.

L’histoire religieuse de la commune des Touches, aux siècles passés, est peuplée d’anecdotes qui attestent de la grande ferveur religieuse de la population tuchide.

Pendant la Révolution cette attitude est devenue plus contrastée car il y a eu dans la commune une dominante d’idées libérales, dues à plusieurs personnalités.

Les Touches en étroite relation avec Nort-sur-Erdre formaient un noyau de "patriotes" lequel s’opposait nettement aux ”rebelles" de Ligné, Saint-Mars et Petit-Mars.. En particulier le curé Nicolas Huet, né à Martigné-Ferchaud [36], qui resta le recteur de 1778 à 1816, avait prêté les différents serments. Une partie de sa famille s’était installée aux Touches et, d’après A.Gernoux [37], il était très aimé, n’en déplaise à Tante Guita [38].

Mais ne mélangeons pas religion et politique. Qui plus est, si des populations avaient été massacrées par les Républicains au Sud de la Loire, au Nord ce furent les Chouans qui se livrèrent à des exactions, en particulier en 1794 à Riaillé et en 1796 aux Touches mêmes.

Après la Révolution les Touchois, comme l’attestent les calvaires et l’histoire de la construction de la nouvelle église, firent preuve de la même ferveur religieuse que leurs aïeux à tel point que Pitre écrivait dans son testament spirituel de 1901 :

.… là population [ des Touches] dont une partie n’est pas encore dégagée des préventions politiques, est bonne, très religieuse et nous est attachée, surtout celle qui réside dans le bourg.

3-1. Les Pichelin s’installent aux Touches vers 1630.

C’est vraisemblablement entre 1630 et 1650, après la naissance de leurs trois enfants que Louis et Anne Pichelin vinrent s’installer aux Touches, vraisemblablement au logis dit "de la Chapelle", en dehors du bourg, dont le nom a fait supposer que c’était autrefois un hospice ou une maison d’accueil pour les malades ou voyageurs.

En juin 1684 [39], leur second fils Jean qui a 59 ans et qui, comme notaire et procureur, doit être assez aisé, rachète le Corps de Garde dans le bourg.

Comme on l’a vu précédemment, ce Corps de Garde, à 50 mètres du relais du Cheval Blanc, devait abriter les hommes d’armes chargés d’assurer la sécurité du voyageur sur cet axe Nantes — Joué — Châteaubriant, très fréquenté à l’époque.

La fenêtre du Pignon sur la rue est celle de la fameuse chambre au "trou" dont parle le Mémorial, et dont le phénomène "d’ombres chinoises" a tant amusé Pitre, et, encore un siècle plus tard, les enfants de Xavier Pichelin.


Depuis cet achat, la maison a été agrandie par des constructions successives. Au 19° et 20° siècles elle avait l’air d’un presbytère : au rez-de-chaussée trois pièces, cuisine, salon, salle à manger, plus arrière-cuisine et caveaux situés dans un avant-corps prolongeant quelque peu la maison côté jardin.

En 1723, la marquise de la Muce accordera aux Pichelin un emplacement de banc à l’intérieur de l’église, signe de notabilité.

Le 2 (sept7embre 1770 - INVENTAIRE de la communication que fait de vans la baronnie de lamure Me françois augustin dutertre ppn de venerable & discret messire celeste pichelin

... vu consentement donné par madame la marquise de lamure au sr. Pichelin par lequel elle luy accorde un emplacement de banc dans la nef de l’église de la paroisse des touches, le quinze octobre mil sept cents vingt trois Signé marché. (?)
Vu acte capitulaire du vingt quatre octobre mil sept cents vingt trois par lequel les paroissiens de ladite paroisse des touches ont concédé aud(it) jan pierre pichelin d’un plancher d’un banc de l’église de la paroisse des touches...

3-2. Les trajets dans la région nantaise

Jusqu’à la Révolution, compte-tenu des naissances et des décès qui sont enregistrés aux Touches, on peut imaginer que les premiers avocats Pichelin, Luc et Céleste, partageaient leur temps entre Nantes et Les Touches, mais que le reste de leur famille résidait au Corps de Garde.

Il faut réaliser que si le trajet de Nantes aux Touches devait demander (à mon sens [40]) de deux à quatre heures à cheval ou en diligence, le trajet n’était pas simple pour une mère de famille avec des jeunes enfants et des bagages.

Après la Révolution, le Corps de Garde devint la résidence de vacances de la famille, plus exactement de l’épouse de Jean-Marie Pichelin, Luce, et de leurs enfants Luce, Clémence, Julien et Pitre.

3-3. L’attachement de Luce et de ses enfants pour les Touches

Comme le raconte la tante Guita dans son Mémorial c’était encore, en 1820, une véritable expédition qui, pour Luce et ses enfants, ne se faisait qu’à la belle saison ... par bateau de Nantes jusqu’à Nort, et après en carriole jusqu’aux Touches.

Luce Mazureau et ses enfants adoraient venir aux Touches. Jeunes ils y avaient beaucoup d’amis dans le village. Bien qu’orpheline, je présume que Luce, d’une famille de notables de Joué, qui avaient eu un rôle modérateur pendant les années troubles de la Révolution, devait avoir beaucoup d’attaches aux alentours [41] et devait particulièrement s’y plaire.

Extrait du "Mémorial" de Marguerite Allotte de la Fuyë : Chapitre "PITRE EST UN PETIT GARÇON À NANTES ET AUX TOUCHES"

[..]

L’été, on se transportait au logis des Touches habité par les Pichelin depuis le 27 juin 1684.

Pitre était saisi du « transport sauvage » lorsque à Sucé ou à Nort, quittant le bateau de l’Erdre, la mère, les quatre enfants et la fidèle servante Marianne Grenon, s’entassaient dans la Béruchette familiale pour gagner la maison, sise à l’orée du bourg. Le grand et le petit portails jaunes étaient ouverts au large sur la route. D’un bond, les quatre enfants étaient dans la cour qu’ombrageaient, comme aujourd’hui, le figuier tors et les pruniers mirobolants.

La maison des Touches, dont une partie existait avant l’acquisition de la propriété par Jean Pichelin en 1684, agrandie depuis lors par des constructions successives, a l’aspect d’un presbytère : au rez-de-chaussée, trois pièces, cuisine, salon, salle à manger, plus arrière-cuisine et caveaux situés dans un avant-corps prolongeant quelque peu la maison du côté jardin.

Pitre entrait comme un ouragan dans la cuisine, faisait en bondissant le tour de l’admirable table sculptée du XVI° siècle dont il nous a gardé le dessin. Hélas ! Chaque automne, elle apparaissait un peu plus saccagée à coups de couteaux. Non par les Vandales mais par les vendangeurs du « Champ Rouge », cru familial célèbre dans le pays de l’Erdre. Et puis, on allait goûter l’excellent beurre des Touches dans la salle à manger dont la porte-fenêtre aspecte cette allée de tilleuls en berceau au fond de laquelle on dresse en juin, le reposoir de la Fête Dieu. Enfin, on poussait les persiennes du salon, un peu humides et l’on revoyait les vieux meubles, meubles remarquables qui sont maintenant chez votre oncle Paul à S..., mais que je vais dépeindre dans leur ensemble tels qu’ils apparaissaient dans le vieux logis.

Il y avait au mur du salon des Touches, le portrait à l’huile du trisaïeul Julien Pichelin, juge-garde à la Monnaie de Nantes. Il a ses balances devant lui. De l’autre côté de la cheminée, le portrait de sa femme Françoise de Galisson, grosse, blonde épanouie, aux yeux bleu faïence.
C’est cette Françoise qui suivit, à pied jusqu’à Paris, le convoi des 132 Nantais. Après la Révolution, elle dût faire transporter aux Touches son mobilier de l’Hôtel de la Monnaie, le vaste canapé, les huit chaises Louis XIV et les quatre fauteuils qui y voisinaient sans doute avec la console Louis XIV ; les pendules Restauration et quatre exquis portraits au crayon, œuvres de la mère de Pitre. L’un représente la tante Victoire Segrestain, un deuxième sa cousine Mariette Marion de Procé. Un troisième, son amie et parente Mademoiselle Schweigausser. Le dernier, son père ou son grand-père Mazureau.

Montant l’escalier de bois à vis qui tournait dans l’avant-corps du logis, on entrait à gauche dans la chambre carrelée dite « chambre au trou » parce qu’un des volets de la fenêtre était perforé d’un minuscule trou rond grâce auquel se produisait dans cette pièce lorsqu’elle était close, le phénomène de la chambre noire. La fenêtre donne sur la route de l‘église, et le trou servant d’objectif, on voit glisser sur le plafond, l’image légèrement altérée des paroissiens se rendant à la messe.

Pendant certaines vacances de la Pentecôte, passées aux Touches dans mon enfance (Vacances qui sentent bon dans ma mémoire comme un bouquet de primevères) j’ai couché dans la « chambre au trou » et suivi avec les mêmes yeux amusés que Pitre, les silhouettes des Touchois se hâtant de gagner l’église au son des cloches de six heures du matin.

Chacune des autres chambres avait son attrait : papiers à dessins bleus légèrement moisis, rideaux de mousseline à franges, charmants lits Louis XVI, petits porte-montre solennels et comiques, miroirs à trumeaux piqués, bureaux pleins de tiroirs mystérieux, chatières dans les portes.

Dans l’une ou l’autre de ces pièces carrelées, Pitre et son frère Julien [42] s’éveillaient et sautaient du lit avant les aurores de septembre pour dénicher les premiers cèpes et champignons roses ou pour gauler les noix de ce vieux noyer dont la racine saillante fait encore buter les processionnaires de la Fête Dieu. Pitre grimpait au charme, au fameux vieux charme qui doyen des cerisiers cœur de pigeon sert toujours d’axe central au potager. Dans l’étang couvert de lentilles d’eau, il pêchait les grenouilles. Il jouait avec les petits du bourg et nouait avec eux de solides amitiés qui l’ont attaché aux Touches jusqu’à sa mort.

Cependant le pays des Touches, hormis le Bourg, n’était guère bien pensant à cette époque. Les Touchois avaient été plutôt "Bleus" que "Blancs" pendant la Révolution, et les prêches d’un Curé assermenté y avaient semé l’ivraie. On ne pouvait nommer le Pape en chaire sans qu’un grognement sourd montât de l’assistance. Malgré ce virus révolutionnaire, les Touchois observaient à l’église maintes coutumes de l’Ancien Régime. A la Grand’messe, deux jeunes filles très endimanchées, belles coiffes de dentelles, mouchoirs à fleurs, promenaient leur quenouille d’honneur et l’apportaient aux nouvelles mariées, aux étrangers de passage, aux châtelaines récemment arrivées : une belle quenouille enguirlandée de papier doré et de rubans blancs, que l’on rendait le dimanche suivant avec une offrande.

Julien et Pitre allaient aussi fréquemment visiter à la Chauvelière, très beau château voisin de l’Erdre, leur ami Arsène de Goyon. Son père, le marquis de Goyon, était comme lui la politesse même : leurs cérémonies, leurs salut, leurs baise-mains impatientaient un peu la mère de Pitre, femme d’esprit et d’un caractère absolu. "J’aime beaucoup les Goyon, écrit-elle un jour à son fils, mais leurs compliments outrés me font rire. Ils sont venus me voir hier : à les entendre tout est superbe aux Touches, tout médiocre à la Chauvelière. Ils louaient la Maison, le beurre, le vin du Champ-Rouge, les fauteuils, la crème, notre berruchette et ma jument, comme si les équipages, les chevaux, le mobilier et les repas de la Chauvelière leur étaient fort inférieurs ! Tes sœurs et moi ne cessions d’en rire après leur départ ."

Pitre ne fut jamais chasseur : il était trop myope et portait lunettes lorsqu’il allait dessiner dans les environs, la Butte du Mont et ses moulins, le Bois-Souchard, petit château Louis XV croulant sous les lierres, la Trappe de la Meilleraye et les étangs de Vioreau. Octobre venait l’arracher à tant de délices, il fallait regagner Nantes. La famille avait quitté l’appartement de la rue Malherbe et habitait rue Sully, un appartement aspectant le cours Saint-André.

Pitre reprenait alors ses cours au lycée : toutefois les Jeudis et Dimanches nantais avaient leurs charmes , il dessinait autour de Nantes avec Charles Laënnec : et puis Mme Jean Pichelin aimant la gaieté, réunissait les amies de ses filles : Aglaë du Plessis, Céline de la Vincendière, les cousins Laënnec, Louise, Marie, Céline, les cousins Marion de Procé et Marion de Beaulieu.etc.

Madame PICHELIN n’entendait pas que son Pitre devint un ours. Elle lui écrira :

« garde-toi, mon cher fils, de cette paresse, de cette sauvagerie qui ont fait que ton père n’avait ni camarades, ni amis, de sorte que ne voulant point se gêner, il trouvait plus agréable de vivre en sabots à St Julien de Concelles et de nous laisser seuls à Nantes et aux Touches, m’occasionnant une vraie contrariété, la seule que j’ai eue en ménage.

Tu es propre au monde, pourquoi n’irais-tu pas quand l’occasion s’en présente ? »

La mère perspicace craignait sans doute que son fils s’ensabotât et s’incrustât à ses bien aimées Touches. Aussi, dès sa sortie du lycée, décida-t-elle qu’il irait faire ses études de droit à Paris où il retrouverait Charles Laënnec et Arsène de Goyon. Ainsi fut fait et en octobre 1832, PICHELIN monta dans la diligence de Paris, s’arrachant à quatre femmes dont il était l’idole : sa mère, ses deux sœurs et leur parfaite servante Marianne Grenon, native d’Oudon-sur-Loire .."

C’est vraisemblablement sous l’impulsion de Luce Pichelin/Mazureau, que la famille Pichelin a donné des preuves tangibles de sa foi Chrétienne et de son attachement à la paroisse et à la commune.

Ce fut d’abord vers 1832, un an après le décès de Jean-Marie que la famille fit don d’un morceau de terrain bâti, pour permettre la construction de la nouvelle église, la précédente étant devenue trop petite

À peu prés à la même époque, le principe de concessions payantes étant instauré pour le nouveau cimetière, Luce se portera acquéreuse de la première concession et c’est là qu’elle s’y fera enterrée, et non pas avec son mari à Nantes : cette concession perpétuelle existe encore de nos jours.

La célèbre cuisinière des Pitre au Prémériet Léontine Carudel, tertiaire de Saint-François “comme ses maîtres,” était originaire des Touches et sera enterrée dans cette concession Pichelin avec Luce et Clémence. Lorsqu’en 1936 les Paul vendront le Corps de Garde, une clause de l’acte exigera que les nouveaux propriétaires y maintiennent une autre Dame Carudel, Louise, jusqu’à sa mort.

La porte de la cuisine du Prémériet décorée par le peintre nantais Michel Noury, arrière peti-fls de Luce Pichelin/Mazureau, en l’honneur de la fidèle Léontine Carudel, native des Touches.


3-4. L’école "le Sacré-Cœur”.

Mais ce qui est beaucoup moins connu des historiens, et scandaleusement passé sous silence dans le Mémorial de Tante Guita, ce fut l’action décisive de la discrète Tante Clémence, la Sœur de Pitre, en faveur de l’école catholique pour les petites filles des Touches.

En 1840 les Tertiaires du Carmel d’Avranches-Coutances fondérent l’école des Touches et ouvriront par la suite une douzaine d’écoles au Pays nantais [43].

Je ne sais pas où s’est implanté initialement cette école. Ce que je sais c’est que les terrains bordant le coté nord de l’église appartenaient au Pichelin et que, de son vivant, Clémence [44] y prétait une parcelle, en face du Corps de Garde, où elle avait fait construire une maison pour "abriter l’école des filles”.

Deux mois avant sa mort en 1872, Clémence légua à la "Fabrique de la paroisse des Touches” ce terrain avec la maison et ses dépendances [45], pour institutionnaliser une école de filles explicitement "toujours tenue par des religieuses et non par une institutrice laïque”.

Un débat eu alors lieu entre le préfet et l’évêché pour déterminer si cette première condition du legs était conforme aux lois en cours depuis 1850. À l’époque, une école tenue par des sœurs pouvait être soit “libre”, soit "communale". Dans ce dernier cas, le préfet ne voulait pas s’engager à ne jamais remplacer les religieuses par des institutrices laïques.

Mais comme il n’y avait pas d’école communale aux Touches, finalement l’accord du Ministre fut donné pour une école libre, par décret du 11 mai 1874, à la condition que "les sœurs préposées à l’école appartiennent à une Congrégation vouée à l’enseignement et légalement reconnue".

Vers 1905, au moment de la Loi de la Séparation de l’Église et de l’État, celui-ci aurait voulu récupérer l’école et ses dépendances. Un procès aurait-eu [46] lieu entre l’Evêché soutenu par la famille Pichelin, qui comptait alors plusieurs avocats, et l’État.

Parmi peut-être d’autres raisons, c’est sans doute grâce à une deuxième clause prévue explicitement par Clémence, qui disposait que “si la condition (d’enseignement par des Sœurs) qu’elle avait posée n’était pas remplie, elle entendait que ses héritiers rentrent dans la propriété des immeubles légués" que l’Etat aurait, semble-t-il, été contraint de céder. En effet :

  • Nous savons [47] que cette école de filles a perduré en tant qu’école libre, après 1905, avec des Sœurs sécularisées [48] du Carmel de Coutances, puis de 1932 à 1986 avec les Sœurs de Saint-Gildas.
  • Nous savons aujourd’hui [49] que ces terrains étaient encore propriété du diocèse [50] et non de la commune, en 1936 puisque la "maison" des Sœurs, les "Secula” comme les enfants les appelaient amicalement, a pu être détachée de l’école et "rattachée" à la Maison Hospitalière Saint-Joseph (privée), fondée après 1936, pour loger les sœurs de la Communauté de Grillaud, qui tenaient cette Maison.
  • D’autre part, cette École Primaire Privée, "Le Sacré-Cœur", s’est fort bien développée aux Touches où elle se trouve être actuellement, avec le bienveillant soutien de la Municipalité, l’unique école primaire du village.

Évidemment les enseignants sont devenus des laïques et elle accepte aujourd’hui des garçons, mais "l’esprit" du don de Clémence est respecté, à défaut de la "lettre", et personne n’irait s’en offusquer [51].

3-5. Le Corps de Garde après 1840

En 1840, au moment du mariage de sa première enfant, Luce avec Émile Burot de l’Isle, Luce Pichelin/Mazureau fera les partages de ses propriétés, et le Corps de Garde reviendra à sa seconde fille Clémence.

Extrait du "Mémorial" de Marguerite Allotte de la Fuyë : Chapitre IV - PITRE S’ÉTABLIT À NANTES ET SONGE À SE MARIER- 1838-1844

[..] La grand-mère PICHELINS [52] qui vieillissait fit, à l’occasion du contrat de Luce, ses partages de famille et répartit entre ses trois enfants, les maisons et terres qu’elle possédait un peu de tous les côtés car on avait coutume de ne jamais réaliser en valeurs les héritages et d’avoir des « petits biens » épars ici et là dans le pays nantais.

Clémence eut la maison des Touches et les fermes de la Cohue, de la Sensive, de La Chapelle, plus le fameux vignoble du Champ Rouge. En St Julien de Concelles, le Doiron, la ferme des Planches, une maison rue Boileau à Nantes. Enfin au Loroux, un étang et la maison du Clairay d’où venait le nom PICHELIN du CLAIRAY, porté pendant trois générations et tombé en oubli.

Luce devint propriétaire des terrains de la Mitrie en Doulon, des fermes de St Julien de Concelles : la Copsonnière, la Praudière, les Morandières, le Pré-Jahan, les Galopins, le village de la Rochelle, le Bois aux Moines.

Pitre reçoit la Belle-Angeraie, une maison sise place du Pilori, siège autrefois de l’imprimerie de la Bible d’Or, appartenant à une quatrisaïeule : Mademoiselle CORS, dame MAZUREAU, fille de l’imprimeur CORS. Pitre eut aussi la maison de Launay, le Moulin-Barbais, commune de la Renaudière et l’île Lorideau, sise en Loire, en amont de Nantes et la tenue St André à Nantes.

Comme le raconte le Mémorial ”... c’était une joie pour les Pitre Pichelin d’aller aux Touches voir tante Clémence en y entraînant de temps en temps, les trois cousines [53] Jegou d’Herbeline.."

Extrait du "Mémorial" de Marguerite Allotte de la Fuyë : Chapitre V - JEUNES ÉPOUX - JEUNES PARENTS

Après son mariage, Pitre négligea, pendant de longs mois de tenir son journal intime, et, seuls, quelques dessins nous renseignent sur cette aimable période de sa vie.

[...] Ici l’on voit Pitre dessinant : Mathilde, à ses côtés, fait de la tapisserie. Elle est coiffée de boucles en repentirs, porte des manches à gigot et un col de dentelle, à pointes. Dans un autre dessin, Pitre a entraîné de gré ou de force sa jeune épouse à la chasse : il fait lever une bande de pies, les prend pour des perdreaux, tire, et Mathilde s’enfuit en se bouchant les oreilles.

Le jeune couple acheva l’été au Prémériet ; s’en fut voir aux Touches sa soeur Clémence et la bonne vieille belle-mère Pichelin, qui vécut près de dix années encore, et mourut aux Touches en 1853 [54]. (Le ménage Burot de l’Isle était alors en garnison à Strasbourg.) Puis, Mathilde et Pitre vinrent s’installer à la Petite Hollande, sous l’aile des parents Trottier

[...] Clémence, vieille fille rubiconde, vivait le plus souvent aux Touches, seul lieu du monde où elle se plut, adorée des Touchois dont l’esprit s’était amélioré, et dont beaucoup devenaient les fervents Catholiques que sont aujourd’hui leurs descendants.

C’était une joie pour les Pitre Pichelin d’aller aux Touches voir tante Clémence. On y entraïnait de temps en temps les trois cousines Jégou, lesquelles commencent en 1866, à tenir un rôle énorme dans le journal de Marie. Combien elle les aimait toutes trois, les deux jumelles Claire et Louise et la troisième, Elisabeth, vers laquelle s’inclinait déjà le cœur du frère Pierre.

Monsieur Jégou d’Herbeline et sa femme, née Louise Laënnec, avaient, pendant les vingt premières années de leur mariage, vécu à Nantes, 1 rue Haute du Château, ou dans les deux propriétés que les Laennec possédaient près de Nantes : le Moulin de Procé, 24 chemin des Dervallières (héritage des Marion de Procé), et le Petit Port, dans la vallée du Cens.

En 1865, M. Jégou d’Herbeline, ancien Elève de l’Ecole Polytechnique d’où il était sorti dans le corps des Ponts et Chaussées, fut nommé Inspecteur Général des Ponts et Chaussées (et plus tard Directeur de l’Ecole des Ponts) ce qui impliquait le séjour à Paris. Il s’y établit avec ses six enfants : Yves, Louise, Claire, Elisabeth, Augustin, Paul, au 24 de la rue de Varennes

Louise et Claire avaient alors 18 ans, Elisabeth seize. Ce fut un désespoir pour l’ardente Marie Pichelin, de voir ses bien aimées cousines quitter Nantes. Heureusement, elles devaient revenir de Mai à Novembre, pour vivre trois mois à Procé, trois mois au Petit Port.

Elles arrivaient de Paris, jolies à croquer, rapportant à Nantes les modes nouvelles du printemps : les « suivez-moi, jeune homme », les vestes Zouave, les berthes à franges, toilettes que je retrouve encore dans nos paquets de déguisement ; robes de taffetas noir à petites raies groseille, robes de gaze blanches à larges raies roses, que les trois soeurs portaient au bal des Tuileries, lorsqu’elles furent présentées à la radieuse Impératrice Eugénie.

Les Jégou revenaient à Nantes avec le printemps : on les invitait chez les Pichelin, et les récits de leurs séjours aux Touches, ou au Prémériet sont des tableaux vifs, frais, charmants de ces prospères années finales du second Empire que vint, tragiquement couper le glas de la Guerre.

Voici en 1867, le narré d’une expédition chez la tante Clémence, extrait du journal de Marie :

« Il était onze heures du soir, quand mes trois cousines Jégou et moi, sommes arrivées aux Touches dans la berruchette, Grands bonsoirs à tante Clémence, grande joie de se retrouver avec elle dans le vieux logis. Mes cousines, qui n’y étaient pas venues depuis l’âge de cinq et sept ans, reconnaissent, au clair de la lune, l’allée des tilleuls et le charme, le fameux charme des Touches, -un arbre fée évidemment.

Le lendemain j’ai déclaré à mes cousines que je voulais, malgré elles, faire leur bonheur : bien qu’elles ne se sentissent pas grand attrait pour la gymnastique, nous grimpâmes dans le charme. Je connaissais bien l’effet de cet aimable séjour. Au bout de quelque temps, elles s’y trouvèrent si heureuses que nous n’en sortions plus. Chaque jour on disait : Allons monter dans l’arbre. Nous y passions nos matinées. Après le déjeuner, nous travaillions avec ma tante, puis nous partions nous promener à la Sensive, à la Cohue ou à mon cher Bois-Souchard.

Mes cousines avaient eu tant de descriptions de la Rigaudière qu’elles désiraient la connaître. Nous partîmes toutes quatre, à pied avec mon père. Après une halte chez le pauvre infirme Jean Pageaud, nous arrivons à la Rigaudière, en admirant ces beaux arbres que Félix Boisselot laisse pousser en rangs autour de chaque champs. Ils crèvent et tombent. On les laisse là où ils sont tombés. -Nous entrons par un petit couloir délabré, où l’on ne peut passer qu’un à un, et dans lequel des hommes d’une taille ordinaire ont à peine leur hauteur.

La stupéfaction de mes cousines commence. Mais nous entrons dans le salon et c’est bien autre chose : une pièce qui tiendrait quatre cents personnes, éclairée par deux fenêtres de petite dimension, garnies de gros barreaux de fer. Pour meubles, dix à douze chaises vermoulues, trois fauteuils boiteux, et un guéridon -au fond une grande cheminée de tuffau, peinte en noir et tapissée de mousse verte jusqu’à mi-hauteur, Les coins de ce salon sont de vraies prairies, d’un vert magnifique. Chacun des carreaux est capitonné de joints, verts aussi et la mousse couvre les murs à la hauteur d’un mètre ou deux, suivant les endroits. Enfin, pour compléter par un trait de satire pareil ameublement, au dessus de la cheminée s’épanouit, sur le trumeau, une bergère souriante, chapeau de paille à fleurs, corset bleu décolleté, jupe rose, portant au bras un panier d’œufs. C’était la première fois, que je ne voyais pas un papillon, piqué avec une épingle, sur le cœur de la bergère. Espérons qu’il y reviendra. Cette charmante personne semble contempler avec plaisir, un objet : lequel ? Sont ce ses blancs moutons paissant à ses pieds, dans la verte prairie du salon, ou le berger, Félix Boisselot, propriétaire de ces beaux lieux, assis sur la mousse épaisse et jouant de la musette. »

D’un coup d’œil, les trois sœurs avaient embrassé le spectacle. Nos yeux jouaient du télégraphe. Heureusement Pauline Boisselot eut l’idée de nous envoyer goûter dans la salle à manger qui répond au reste. Et nous voilà, toutes quatre, riant comme des folles.

De retour au salon, Elisabeth s’asseoit vis à vis de la bergère, s’extasiant devant sa fraîcheur, demandant à Félix comment la jupe est toujours rose ? Il faut qu’elle ait bon teint |

Les chambres du premier sont à l’avenant, bonnes pour loger des chauves-souris, non des chrétiens.

En revanche, l’étang et le bois sont charmants. Mes cousines et mon Père ont dessiné ; tous, nous sommes revenus à pied par les prairies. »

Revenons au Corps de Garde.

À l’époque le Corps de Garde, comme on voit sur les photos, était une propriété relativement modeste comparée au Prémériet ou à la Briandais. || avait l’air d’un grand presbytère avec un étage plus des mansardes sous le toit. II comportait une cour au devant fermé, ün jardin avec un étang, avec " la Charmille”, en fait une allée de tilleuls, qui servait aux processions de la Fête-Dieu puis deux prairies, dont la Grand Prée d’où avait été transplanté "l’Arbre de la Liberté”. L’ensemble devait représenter 7 hectares et constitue, plus ou moins, le parc actuel de la Maison de retraite Saint-Joseph.

Pour ces grands croyants qu’étaient les Pichelin, cette procession du Saint-Sacrement, deux fois par an à la Fête-Dieu et à l’Assomplion, qui traversait la maison puis suivait la charmille, représentait une faveur unique et Ils avaient à cœur d’y être présents.

Extrait du "Mémorial" de Marguerite Allotte de la Fuyë : Chapitre IX - PITRE ET MATHILDE SONT GRANS-PARENTS

La bisaïeule Trottier [55], parvenue aux limites de l’âge (elle mourut presque centenaire), était tombée dans une sorte d’enfance qui se prolongea trois ou quatre ans. Elle demandait, du matin au soir, des cantiques et des chansons.

Toute la journée, ma Grand’mère, docile comme au temps où elle était la petite Mathilde Trottier, chantait à sa mère, assise dans un fauteuil à haut dossier sculpté : « Ave, Ave, Maria », d’une voix de bergère. S’arrêtait-elle pour souffler, que Grand’mère disait : « Chante donc, ma fille, tu chantes si bien ! » Alors sa fille allait pianoter, tant bien que mal, Robin des Bois.

Nous trouvions tout cela fort naturel, et c’est plus tard seulement que j’ai compris à quel point ce pouvait être fatiguant pour ma bonne Grand’mère, de chanter ainsi en pleurant ses filles.

La bisaïeule mourut au Prémériet le 13 Septembre 1887. Elle avait 97 ans.

Ensuite les années glissent avec leurs joies et leurs soucis : études, affaires, maladies, examens. Mes Parents ont encore la douleur de perdre un enfant de trois ans, Jacques, notre délicieux Jacques aux cheveux bouclés, Jacques, notre amour, pris de méningite à la suite d’une chûte dans l’escalier de Procé. J’ai alors quinze ans et fais connaissance avec la douleur, Jacques mourut, comme un vrai petit saint, le 27 Juillet 1891.

Les trois Bonamy sont sortis de pension. François se prépare de loin, de très loin, à devenir le prêtre [56] qu’il sera douze ans plus tard. Marie et Geneviève, sorties de Chavagnes, sont vraiment les filles de Grand’père et de Grand’mère et remplacent près d’eux, celles qu’ils ont perdues.

Sitôt les vacances de Pâques, elles partent avec eux pour le Prémériet, puis se rendent, pour les processions de la Fête Dieu aux Touches, revenues à la branche Pitre Pichelin après la mort de la tante Clémence (1872) et de celle de la tante Luce Burot de l’Isle.

Ces séjours aux Touches, ces reposoirs de la Fête Dieu dans l’allée des tilleuls, ce passage du Saint Sacrement, dans sa maison d’enfance, sont le bonheur de Grand’père qui constate avec joie que le pays est bien plus chrétien que dans son temps.

Il attaquerait presque le Prémériet pour exalter les Touches. « Cela m’intimide, quand j’arrive au Prémériet, de voir cette longue avenue, ces grands arbres rangés au port d’armes pour m’attendre. Je me trouve plus à l’aise dans mes petites Touches. »

Nous défendons le Prémériet avec une telle véhémence, qu’on ne s’entend plus, et, après un séjour dans la maison, notre malicieuse amie, Geneviève de Dreuzy (sœur de Jeanne, femme de l’oncle Louis Burot de l’Isle) nous écrivit :

"Grand père parlait des Touches :
Jaloux d’une amour si farouche,
Tous l’interrompaient bruyamment.
Je trouvais cela bien touchant !"

En effet, quand tous parlaient à la fois, à la table du Prémériet, le tapage pouvait être grand, car les cousins étaient nombreux.

Pitre évoque un reposoir à "l’extrémité de l’allée de tilleuis" dans le parc du Corps de Garde, et une inscription sur la muraille "Bis per hanc humilem domum quotannis semel et iterum Jesus Sanctissimo Sacramento transit” [57].

Dans son testament spirituel rédigé en 1901, Pitre demande à ses héritiers de remplacer cette inscription par une plus solide en marbre et en fonte. Ce fut fait selon son vœu, puisqu’on se souvient de cette plaque, mais en français, au-dessus de la cheminée de la salle à manger.

Le Corps de Garde vers 1910 - Côté cour

Le Corps de Garde vers 1910 - Côté jardin

Côté jardin, on distingue dans l’angle, la porte par où passaient les processions lors de la Fête-Dieu et de l’Assomption.


Qui fut parmi les propriétaires du Corps de Garde, l’initiateur ou initiatrice de cette manifestation de piété ? Il fallait que ce soit quelqu’un d’assez représentatif vis-à-vis de la population qu’il fallait inciter à suivre la procession, mais aussi vis-à-vis du clergé local qui devait agréer ce cérémonial. Ce pourrait être l’abbé Céleste avant 1789, mais pourquoi choisir le Corps de Garde alors qu’abondaient alors dans la campagne les calvaires et lieux de piété ? Et cette tradition ne serait-elle pas alors tombée dans l’oubli pendant la Révolution et l’Empire ?..

Personnellement j’aurais tendance à penser que l’initiatrice en a plutôt été Luce Pichelin, ou sa fille Clémence qui vivait beaucoup aux Touches après 1840. Elles devaient avoir à cœur de vivre leur Foi... pour l’amour de Dieu, pour attirer la protection divine sur sa famille, pour aider le clergé et qui sait, pour ramener les Touchois "égarés” dans le giron de l’Église traditionnelle, après les années de schisme de l’Église assérmentée.

Luce aurait institutionnalisé cela :

  • soit après 1815, en sa qualité d’épouse du Maire sous la Restauration. C’est d’ailleurs à la Restauration que la fête de l’Assomption, remplacée sous l’Empire par la fête Saint Napoléon, a été "restaurée" en France.
  • soit après 1832, lorsque la famille Pichelin fournira un terrain pour la construction de la nouvelle église, Ce serait en reconnaissance du don du terrain à l’Église, que l’Évêché aurait accordé ce privilège insigne d’une procession publique dans un lieu privé.

Quant à Clémence, elle aurait pu l’obtenir

  • après 1840, par son action dans la vie de la Paroisse et pour son précieux soutien en faveur de l’école des filles.

Ces deux dernières explications me semblent les plus cohérentes car, dans le Mémorial, il n’est nullement fait mention de cette procession dans les souvenirs de jeunesse de Pitre aux Touches ; il n’y fait référence que beaucoup plus tard, en 1901, avec son testament spirituel dans les termes suivants "la précieuse faveur que depuis de longues années..."

Peut-être ne faut-il pas chercher trop d’explications à tout cela. Peut-être était-ce une simple coutume, habituelle chez les notables catholiques qui soutenaïent le Clergé au 19° siècle. En effet, dans les années 1870, une procession du même genre avait lieu dans le parc du Prémériet pour "les fêtes de l’Assomption et du Rosaire avec les petites files de l’école des sœurs." Mais, contrairement aux Touches, la procession ne traversait pas la maison familiale.

Treize ans après le décès de Clémence, célibataire, le Corps de Garde reviendra en 1885 à son frère Pitre qui adorait cet endroit à cause de tous les souvenirs attachés à son enfance.

Extrait du "Mémorial" de Marguerite Allotte de la Fuyë : Chapitre X - NOCES D’OR 1894 - NOCES DE DIAMANT 1904 - MORTS DES VIEUX EPOUX

[...] Grand’père (NdR : Pitre Pichelin) avait, comme on le voit, persévéramment lutté contre ses défauts. Il persévérait de même à dessiner sa Bible, et une photographie nous le montre, tenant ma sœur Bénédicte, sa dernière petite fille, sur ses genoux et l’initiant aux grandeurs qui avaient enthousiasmé ses aînées. Il lisait beaucoup. Plusieurs des 28 volumes de l’Histoire de l’Eglise de Rorbach portent ses annotations marginales.

Il tenait avec le plus grand soin ses comptes et s’occupait particulièrement d’organiser les Touches, de façon à ce que ses héritiers pussent les conserver.

Son neveu, le colonel Louis Burot de l’Isle, fils de Luce Pichelin, était mort à Amiens en 1892 et sa délicieuse femme, Jeanne de Dreuzy, mourut quelques années après, laissant deux petits garçons, Jean et Pierre, dont mon père était devenu le subrogé-tuteur. Mais, par suite des partages intervenus entre mon Grand’père et ses neveux, la maison des Touches et plusieurs métairies dépendant de la succession de tante Clémence, avaient été attribuées à Grand’père. Aussi s’occupa-t-il de reconstituer le vignoble de Champ Rouge, détruit par le Phyloxera.

« Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge ! » Et cependant, ce ne seront pas seulement ses enfants et petits enfants qui jouiront de ces vendanges. Lui même, avant de mourir, aura pu boire le vin chaud et léger de son crû familial. [..]

Les petit-enfants de Pitre partageront cette passion comme le rapporte Alfred Gernoux :

"c’est là que l’écrivain Madame Allotte de la Fuÿe, née Marguerite Pichelin - la biographe de son oncle Jules Verne - passa sa jeunesse, aux beaux jours, en compagnie d’autres jeunes filles, ses cousines qui se plaisaient en ce charmant béguinage.

Elles avaient imaginé un ordre de célibat dit de "la Jarretière”, présidé par la doyenne de la “Garde des Corps”. Lors du mariage de l’une d’entre elles, on brûlait une jarretière rose de la fiancée, en grand cérémonial, avec chants et danses au béguinage : c’était une sorte d’enterrement joyeux de la vie de jeune fille.

En ces petits foyers culturels la lecture jouait un grand rôle et on écrivait de longues lettres aux absents. Ici on relisait les lettres de l’ancêtre parti à St-Domingue pour augmenter la fortune familiale et l’on partageait les espoirs et les déceptions de ce parent Longuet de Montplaisir, époux de Valérienne [58] Pichelin..."

Pitre décède en 1905. En 1908, sa veuve Mathilde, propriétaire en propre du Prémériet et de la Petite-Hollande, réalise les partages de l’ensemble de leurs biens entre ses héritiers. Les Paul [59] deviennent alors les nouveaux propriétaires du Corps de Garde.

Mais les Touches devaient commencer à présenter beaucoup moins d’intérêt, pour Paul et son épouse Juliette, que la très belle propriété de la Briandais à Missillac, dont Juliette avait hérité en 1887, trente ans plus tôt ! La famille ne faisait donc aux Touches que des séjours épisodiques.

Au décès de Juliette en 1935, le Corps de Garde revint en indivision à ses huit enfants encore vivants, par ailleurs propriétaires indivis de la Briandais.

La Briandais en 1922

Compte tenu de la charge financière que cette deuxième indivision représentait et de la grande sensibilité chrétienne qui animait la famille, je pense que c’est sans beaucoup d’hésitations que les indivisaires Pichelin acceptèrent en 1936 de vendre, pour une somme modique, cette propriété pour en faire une maison de retraite, gérée initialement par la Communauté des Sœurs de la Sainte-Famille de Grillaud.

...C’est un des plus beaux hospices de la région. Très souvent dans le parc, le dimanche, se déroulent des fêtes qui contribuent à améliorer les menus de cette Maison de Repos toujours bien fleurie, bien entretenue et de bon accueil...(1964 - A. Gernoux).

Ce geste sympathique n’aura pas été fait en vain. Cette maison de retraite a su prospérer depuis cette date : on peut l’admirer et de nouveaux agrandissements sont en cours à ce jour.

Maison de retraite Saint-Joseph

Pour conclure sur les Touches, laissons la parole à Pitre qui, quelques années avant sa mort, écrivit dans son "Testament Spirituel" [60]

Cependant, je crois pouvoir exprimer un désir que je les prie de respecter, à moins de raisons graves et mürement réfléchies, à savoir de conserver dans la famille notre propriété des Touches, et j’entends surtout par là les biens recueillis dans la succession de ma sœur Clémence et qui me sont échus en partage avec mes neveux Burot de l’Isle ; il serait fâcheux que la Bellangeraie en fût détachée.

Cette propriété nous vient de nos ancêtres Pichelin et elle a toujours été, entre nos mains, un des moyens dont le Bon Dieu s’est servi pour contribuer au bien dans la Paroisse des Touches. En outre, la population dont une partie n’est pas encore détachée des préventions politiques, est bonne, très religieuse et nous est attachée, surtout celle qui réside dans le bourg.

Mes enfants étant plein de foi, je peux bien mettre au nombre des motifs de l’ordre religieux qui militent pour la conservation de la propriété des Touches, la précieuse faveur que, depuis de longues années, Notre Seigneur Jésus Christ nous fait, en traversant deux fois chaque année notre petite maison et notre allée de tilleuls, pour être porté au reposoir qui s’élève à son extrémité. Si un de nos grands rois de France l’avait honoré de sa présence, ce seul souvenir serait pour nous un titre qui nous y rattacherait. À plus forte raison quand c’est notre bon sauveur Jésus qui y renouvelle son passage jusqu’à quatre fois par an. Une petite inscription, posée sur la muraille et destinée à perpétuer le souvenir de cette grande faveur, est ainsi conçue : Bis per hanc humilm domum transit quotan semel et iterum Jesus sanctisim sacramento transit. Qu’elle soit conservée ou remplacée par une autre semblable, mais plus durable, en marbre ou en fonte.

Sans doute, cette propriété des Touches ne constitue pas une terre, puisque les fermes qui en font partie ne sont pas agglomérées, et que la maison avec son jardin et ses deux prairies ne présente qu’une bien modeste résidence, mais elle a été notre demeure et nous nous y trouvions si heureux.

Peut-être que les éventualités de l’avenir et la médiocrité de la fortune de nos enfants en amèneront quelques-uns à s’en contenter. Dans l’état antérieur au mode d’administration actuel, la propriété des Touches ne donnait qu’un revenu chargé de beaucoup de dépenses. Il en est autrement aujourd’hui depuis que la vigne du Champ-Rouge a été replantée, mais elle exige des soins incessants et intelligents. C’est la condition nécessaire, mais qui sera peut-être difficile à remplir dans l’avenir...

Jean Thiébaut historien de la famille Pichelin et sa femme Dominique

Notes

[1Pierre, Louis, Antoine Pichelin, dit "Pitre" 1814-1905

[2Voir Chapitre 6, partie 2

[3Notes historiques de l’abbé Trochu sur la Baronnie d’Ancenis

[4Le premier acte des Touches que nous ayons lu et qui mentionne un Pichelin est celui du baptême de Pierre, fils de Guillaume n°2 en 1651

[5Aux 17ème et 18ème siècles, d’après le Larousse 1994

[6Sur l’acte de baptème de son fils Pierre il est précisé “Arquebusier" et non “Homme d’armes au service du seigneur untel” selon l’usage.

[7Actes paroïssiaux des Touches

[8Vraisemblablement Augustin Chauvet

[9Un sénéchal est une sorte de juge de paix local. Cette charge peut se cumuler avec celle d’avocat, mais pas avec elle de notaire ou de procureur

[10Visible sur la carte de Cassin et le cadastre de Riaillé, cité par l’abbé Trochu : Mañtre Jean Dupuis, sieur du Fretay...

[11La Bonoeuvre se situe aux Touches

[12Il devait le savoir puisque c’était son oncle direct

[13Actuellement rue des Murailles

[14D’après différents actes

[15Un acte du 8/06/1774 (manuscrit Renoul) cite Marie-Elisabeth Collet comme propriétaire de la Gauvellière à Saint-Julien

[16Marguerite Allotte de la Fuÿe était appelée "Tante Guita” par ses neveux

[17Sur les actes que nous avons exploités, nous rencontrons toutes les variations du nom. Julien signe “Duclairay" en 1756 sur l’acte de mariage de sa sœur Valérienne, mais "Ducleray”, en un seul mot et sans accent, sur l’acte de naissance de son fils Jean-Marie en 1771. J’ai fait le choix personnel de l’écrire “du Clairay” pour respecter l’orthographe initiale des "États de Bretagne” et l’origine historique du nom, mais je reconnais qu’après 1800, "Cleray", a souvent supplanté “Clairay".

[18Ce fait avéré est rapporté à plusieurs reprises par Kerviller dans "Les 132 Nantais” à propos de ceux qui étaient dénoncés comme “contre-révolutionnaires", par opposition aux "fédérés"

[19Dans ce pitoyable convoi on trouve également Jean-Baptiste Le Masne de Chermont, un de nos lointains cousins

[20Partis de Nantes le 27 novembre 1793, ils arrivèrent à la Conciergerie le 7 janvier 1784

[21On peut lire son nom sur une liste encadrée à l’entrée de la Conciergerie

[22Voir ’Les 132 nantais” par Kerviller

[23Riaillé 1824. Xavier Demangeat, directeur des forges de la Provotiére, épouse à Joué, demoiselle Lefoulon, file d’un négociant tanneur et de Blanche Mazureau. Signent en outre : Louis Demangeat, inspecteur des forges du département et Jean Pichelin du Cléray avocat, oncle par les Mazureau de l’Auviniére (A. Gemoux annales de Nantes 1964 n° 134), En fait Gernoux a fait une petite erreur, il s’agissait des Mazureau de Launay (ADLA), branche colatérale des Mazureau de l’Auvinière

[24En 1803 Villenave, un rescapé "politique" des 132 nantais, fut obligé d’abandonner le barreau parce que la nouvelle organisation exigeait des diplômes universitaires qu’il ne possédait pas (Kerviller- Les 132 nantais- page 187)

[25Si c’est le cas, mais rien ne le prouve, il semblerait qu’à la Restauration son tire lui fut rendu

[26Et un peu plus tard, avec la fidèle cuisinière des Pitre Pichelin, Léontine Carudel, tertiaire de Saint-François comme ses maîtres

[27Achetée en 1832 - Historique des Touches : Augustin Chauvet

[28Rendons à César : les informations qui suivent résultent d’une compilation de différentes sources dont les historiens Joseph Jousset, Alfred Gernoux, Chauve, les sites Internet de Céline Alain et info. bretagne sur la Commune des Touches, de Christian Marchand et autres témoins que nous remercions

[29Selon Monsieur Maître et repris dans nombre de documents

[30Du latin Julius car il aurait, peut-être, été occupé par les Romains qui l’auraient ensuite utilisé comme observatoire

[31Ascendants maternels de la famille Christian Marchand

[32Voir http://site voila.fr/dossierslt/divers/jubile1926.htm

[33Ce qui explique que Guillaume Pichelin se soit fait fabricant d’arquebuses

[34Quatre au Mont-Juillet. Un aux Buttes, à la Brunière (Rigaudière),aux Rochettes, aux Chesnaux, à la Popionnière

[35D’après Vincent et Orieux

[36Ille et Vilaine, à 50 km des Touches.

[37Les annales de Nantes et du pays Nantais n°167 —19 72.

[38C’est vraisemblablement au père Huet que tante Guita, plutôt conservatrice, fait référence avec une certaine animosité dans le Mémorial version VX lorsqu’elle écrit ".…les prêches d’un curé assermenté y avait semé l’ivraie…"

[39Mémorial version vX

[40Passionné, je pratique l’équitation depuis 40 ans, dont la “randonnée” : cette évaluation est le fruit de mon expérience, compte-tenu des éléments dont je dispose. La question est de savoir s’il y avait relais ; où non, avec changement de cheval. Je pense que sur de moyennes distances, et pour des raisons économiques, ce ne devait pas être le cas pour les chevaux de selle.

[41Le Mémorial cite les cousins (des Pichelin ou des Mazureau ?) Boisselot de la Rigaudière, village des Touches. Quant aux registres paroissiaux des Touches au XVII” siècle, is citent beaucoup de “Mazureau”, mais nous ne pouvons dire s’il s’agissait, ou non, de lointains cousins de Luce

[42Le frère aîné de Pitre, décédé à 16 ans

[43Faugeras : Le diocèse de Nantes sous la monarchie Censitaire 1513-1822-1849 Tome II page 207

[44Propriétaire du Corps de Garde et autres aux Touches, depuis 1840 (Voir après)

[45Estimées en 1874 à 4000 francs. représentant (en pouvoir d’achat) 42.000 euros en 2006 !

[46D’après des lettres, que nous recherchons, vues par Hubert Pichelin au décès de son père Xavier en 1974. Mais nous ne connaissons pas le scénario exact de cette affaire, peut-être plus complexe que rapporté ci-dessus

[47Archives de la Congrégation de Saint-Gildas-des-Bois.

[48On appelle ainsi les Sœurs qui après 1905 ont été contraintes de renoncer officiellement à leurs voeux pour avoir l’autorisation d’enseigner

[49Grâce à des mutations récentes entre des terrains de la Commune et de la Maison de Retraite

[50Les Fabriques Paroissiales furent supprimées en 1905 et la gestion des biens des paroisses fut réorganisée en 1924 au niveau des diocèses

[51Depuis que nous avons écrit ces lignes, nous en avons appris beaucoup sur l’histoire du "Sacré-Cœur que vous pouvez découvrir sur le Site Internet d’Henri Lepage : http://site.voila fr/dossiersinfo/ecolf/ecole4.htm

[52Luce Pichelin, née Mazureau 1785-1852, veuve de Jean Picheln du Clairay. 1771-1931, maire des Touches

[53Claire, Louise et Elisabeth

[54Ndr : petite erreur du Mémorial, la date exacte est le 02 juillet 1852

[55Sophie Trottier, née Chaton du Crabon, 1791-1887

[56L’intervention de François Bonamy à la messe du 8 mars 1906 aux Touches, lors “de l’inventaire", est évoquée dans le Bulletin Paroissial des Touches du 11 mars 1906 : cf site Internet de Henri Lepage http://site.voila.fr/dossiersinfo/bul/inv.htm

[57"Deux fois par an le très Saint Sacrement de Jésus traverse cette humble demeure, aller et retour”

[58Valérienne Renée Pichelin 1727-1799, sœur aînée de Julien Pichelin

[59Paul, 1849-1932, époux de Juliette Rousselot 1854-1935, fille du banquier Rousselot

[60Extrait du Mémorial