Accueil > 39-45 - seconde guerre mondiale > Accueil des réfugiés
12 visites

Accueil des réfugiés

mardi 28 juin 2022

Enregistrer au format PDF Format PDF | Version imprimable de cet article Version imprimable

Réfugiés de Nantes, Saint-Nazaire et d’ailleurs sur la Commune de Les Touches en 1940-1945

Les réfugiés dans le bourg

D’après plusieurs anciens présents aux Touches en 1940 - 1945, il y avait des réfugiés partout, dans le bourg et les environs ainsi que dans au moins 95 % des villages soit plus de 80 villages.

Le chiffre de 1.000 réfugiés évoqué dans les mémoires d’un maquisard ne surprend pas les personnes ayant bien connu cette époque. La majorité des réfugiés était originaire de Nantes, Saint-Nazaire, Saint-Malo. il y avait même une famille de la Somme.

Dans les grandes dépendances de l’ancien hôtel "Le Cheval Blanc" dans le centre du bourg, ancienne épicerie Odile Retière, en face la route de Joué, il y avait plusieurs familles Belges et des familles Parisiennes. A l’école des garçons route de Nantes, le logement de l’instituteur étant libre, était occupé par une famille Aoustin de Saint-Malo.

La famille Lacroix de Saint-Nazaire était chez Toussaint Hardy route d’Ancenis. Les familles Yves et Raymond Michelot étaient dans les dépendances du moulin des Buttes, ainsi que la famille Laurent Lanurien de Nantes. Dans la petite maison à coté de l’atelier de cycles "Pécote" il y avait 7 ou 8 réfugiés. Dans les dépendances du magasin Jamet il avait la famille Deniau et ses grands parents qui avaient appris au boulanger Maurice Foucaud à faire la pâtisserie. Plusieurs familles de Saint-Malo dans les dépendances du presbytère. A la Simonerie dans les dépendances de M.Bouju chef des pompiers, il y avait plusieurs familles de Saint-Malo.

L’équipe de football "Les Jeunes des Touches" avait 3 réfugiés, Yves et Raymond Michelot, et Laurent Lanurien grand sportif qui était membre d’un club de gymnastique de Nantes, il avait formé une équipe de basket avec les jeunes filles des Touches, le terrain de sports était à cette époque à l’emplacement du garage Etienne. Laurent Lanurien est revenu quelques années plus tard avec ses collègues du club de gym faire un spectacle à une kermesse pour remercier les habitants des Touches pour leur accueil.

De nombreux réfugiés ont continués dans les années suivantes à avoir des contacts avec les habitants des Touches.

Extrait des mémoires d’un résistant :

En Juin, le pain manquait en différentes communes. Déjà, le sous-préfet était venu nous demander de hâter la livraison du blé contingenté. J’avais eu une discussion avec Pierre Martin, qui voulait garder les 7 quintaux qui lui restaient à livrer, pour les français.
Je lui assurais que le blé ne sortirait pas de l’arrondissement, que c’était un devoir de Le livrer. Il le fit à contrecœur. Et il avait raison, car quelques jours plus tard, une circulaire d’origine allemande supprimait toute attribution en farine aux communes rurales.

Le midi du 14 Juin, comme je dinais, le boulanger Foucaud arrive me chercher en auto pour m’emmener à la préfecture. Il était démonté, ayant refusé du pain à de nombreux réfugiés, qui avaient presque fait une émeute. Je m’apprêtais en vitesse. Et nous nous rendîmes à la Préfecture de Nantes, avec le maire. Nous vîmes M. Macé, chef du 5ème Bureau, qui nous dit qu’il ne pouvait rien pour nous, que nous devions nous suffire nous-mêmes, que le maire avait tout pouvoir de réquisition, de diminution des rations. Nous faillîmes rester à Nantes, notre auto ne voulant pas repartir. N’ayant trouvé aucun mécanicien, nous demandâmes à la remiser dans un garage. Le garagiste nous le déconseilla, les boches faisant, cet après-midi-là, réquisition des voitures. Nous la poussâmes dans une cour. Et nous revînmes à pied jusqu’à Carquefou où nous trouvâmes un camion qui vint nous amener aux Touches. Il était tard quand nous arrivâmes au bourg. Alphonse, venu voir si nous étions arrivés au bourg, m’apprit qu’un camion avec des soldats français était venu dans le village, demandant la Maison-Rouge. Cela me parut drôle et surtout compromettant. Arrivé à la maison, j’appris que c’était des gars de la Défense Passive, en réalité des résistants, et que nous avions réunion à la Maison-Rouge. Je soupais en vitesse, et me voilà parti avec les gars du village. Il faisait noir. Il y avait grande animation à la Maison-Rouge. Yacco, entouré des résistants qu’il avait amenés, des gars bien décidés, nous fit un petit discours. Il nous dit que le moment était venu de passer aux actes : nous allions entrer en maquis.

"Je vous promets que vous n’avez rien à craindre, vous aurez des armes pour vous défendre, vous serez armés jusqu’aux dents. Demain, j’irais chercher vos armes. Vendredi, que tout le groupe vienne ici : vous serez nombreux et forts. Apportez une couverture, votre couvert, assiette ou gamelle, cuiller et fourchette. Ne dites à personne où vous allez, même pas à vos familles."

Je lui demandais si je devais rentrer au maquis, étant donné que j’étais astreint à suivre un régime, que, de plus, comme syndic, je ne pouvais guère abandonner la commune dans la situation où elle se trouvait, à la veille de manquer de pain. Louis m’appuya, disant que si je ne prenais pas moi-même en main la question du blé, la soudure ne se ferait pas. Étant donné les mille réfugiés que nous avions, la situation était vraiment inquiétante. Yacco répondit que je devais donner l’exemple et entrer au maquis, parce que cela ferait mauvais effet si je restais. Pour la question du régime, ce sera l’affaire des cuisiniers, quant à l’affaire du blé, il ne refusait pas que je sorte du maquis, selon les besoins de mes fonctions, à condition que je sois discret. Je répondis que si je rentrais au maquis, je n’en sortirais pas, de peur d’être espionné. Il me dit que nous arrangerons l’affaire vendredi. Il nous dit que nous ne serions pas en prison, que, dans le Midi, les maquisards se promenaient, allaient dans les cafés avec la mitraillette à la main.

Nous nous en revînmes enchantés, et un peu inquiets tout de même, nous demandant ce qu’allaient dire nos familles qui fallait bien prévenir. Nous étions arrêtés à causer sur la route, en haut de notre jardin. Nous causions bas. Nous entendîmes marcher sur la banquette. Arrivés près de nous, les causeurs s’arrêtèrent :

"Qui va là ?", dîmes-nous.
Personne ne répondit. Nous demandâmes une seconde fois. Enfin un homme se montra. Il nous demanda la route des Touches, disant que les Allemands faisaient une rafle à Nort, qu’ils se sauvaient. Je les invitais à boire un coup, ils refusèrent et firent demi-tour. Dinand reconnut une espèce de brocanteur : il nous parut que nous avions sans doute à faire à des voleurs de lapins. Nous avions sauvé les lapins du village !

Le lendemain, il fallut prévenir nos parents. Cela ne leur fit point plaisir. Ils firent ce qu’ils purent pour nous détourner de notre projet, nous annonçant une foule de calamités qui ne manqueraient pas de tomber sur nous. L’après-midi, je m’en allais en réunion du Comité des réfugiés, à la mairie. Nous examinâmes la question des logements. Nantes avait encore été bombardée le matin. Le quartier de la Préfecture et de St. Pierre avait beaucoup souffert, on disait la cathédrale en flammes. Puis, on parla de la question du blé. Je dis qu’il n’y avait qu’un moyen de trouver les 60 quintaux qui manquaient pour faire la soudure : il fallait que le maire passât dans tous les greniers, sans exception, pour y évaluer les tas de blé, et prélever tout ce qui n’était pas nécessaire au récoltant.

Mon idée fut combattue, en particulier par l’adjoint, Baptiste Macé, qui voulait faire appel à la bonne volonté. J’avais déjà fait appel à la bonne volonté et fait faire une souscription, j’avais désigné des jeunes gens, dont Louis qui fit les villages du Meix et du Bois-Geffray : j’avais eu peine à trouver 20 quintaux. Je plaidais énergiquement pour l’adoption de mon projet qui seul convenait en la circonstance, et, en fin de compte, je l’emportais. Il fut décidé que le maire ferait la moitié de la commune, et l’adjoint l’autre, accompagnés d’hommes de différents villages, que je désignais. Comme je devais disparaître le lendemain, je voulais que les perquisitions commençassent le jour même. Je réussis à entraîner le maire à la Joustière, la Ducheté, la Martellière. Connaissant bien ces villages, je fis passer le maire dans tous les greniers capables de contenir du blé. Nous ne fûmes pas vus d’un bon œil dans une maison où on cachait un bon tas de blé pour les petits cochons, encore c’était chez un conseiller municipal !

Peu importe, l’affaire était en marche et le résultat était encourageant. J’étais harassé le soir quand Louis vint apporter l’ordre de partir de suite au maquis. Pour moi, je dis que je ne pouvais partir ce soir, je m’y rendrais dans la journée. Je me couchais et dormis mal. Les avions rôdèrent toute la nuit, j’étais persuadé qu’ils avaient parachuté des armes. Le lendemain, fête du Sacré-Cœur, j’allais à la messe, me confessais et communiais. Je réglais mes affaires, fis mes préparatifs et, après diner, je partis à travers champs à la Maison-Rouge, emportant une couverture et à manger, promettant de rentrer le soir pour contenter mes parents.

Autre témoignage :

Pour aller à l’école, mon frère et moi, on prenait une petite route de pierre et on marchait 1,5 km jusqu’au bourg.
Sur le chemin, on était une dizaine à se rejoindre en poussant une roue avec un bâton et en cavalant derrière. C’était la coutume, tous les enfants poussaient leurs cercles sur le trajet de l’école : en bois ou en fer, et plus ou moins grand suivant la taille du gamin, ça faisait un vacarme du diable, mais on ne mettait pas de temps pour arriver, toujours à lui courir après.
La dernière année d’école, je ne pouvais plus pousser mon cercle parce que je devais ramener le pain. Tous les deux ou trois jours, j’en rapportais six livres, c’est-à-dire un gros pain avec des morceaux en plus, la « pesée », que la boulangère ajoutait d’ici que ça fasse juste le poids. Quelle corvée ! La coche, ce morceau de bois qui servait de cahier de crédit, le boulanger l’entaillait chaque fois qu’on achetait quelque chose. Lui avait le double dans sa boutique et on voyait, pendues à un fil, toutes les coches des clients qui se balançaient.
Le matin, ça m’arrivait, étourdi, de partir sans le morceau de bois et il ne restait plus, après l’école, qu’à courir jusqu’à la maison pour le chercher et revenir au bourg : pas de coche, pas de pain ! C’était la guerre et le pain était rare.

L’obsession du rationnement, "Pour mémoire, les années noires 1940-1945"

La vie est différente en France suivant la zone dans laquelle on vit jusqu’à la fin de l’année 1942. En zone occupée, la présence allemande modifie l’ambiance des villes qui se couvrent de panneaux en allemand et de drapeaux nazis, tandis que l’horaire des Français est aligné sur le méridien qui passe à Berlin. Le couvre-feu restreint les sorties du soir et le dernier métro passe à minuit moins le quart.

En revanche, l’obsession commune à tous les Français, c’est la faim et le froid. En effet, le pillage allemand provoque de fortes restrictions et l’absence des Français retenus comme prisonniers de guerre en Allemagne désorganise considérablement la production économique. Les cartes de rationnement sont instaurées à partir de l’automne 1940 suivant un système qui fournit de 1 200 à 1 800 calories par jour et par personne, selon l’âge, les activités et le lieu de résidence : huit catégories ont été fixées.

À Paris, avec ses tickets de rationnement, un adulte peut acheter 275 grammes de pain par jour. Par semaine, il peut acquérir 350 grammes de viande avec os, 100 grammes de matières grasses et 70 grammes de fromage. Par mois, ses tickets lui donnent droit à 200 grammes de riz, 500 grammes de sucre et 250 grammes de pâtes.

Tout ceci à condition que les produits ne manquent pas. Les Français élèvent des lapins et des poules, accommodent les rutabagas et les topinambours comme ils le peuvent, et sont attentifs à ramasser le moindre mégot. Les bas étant devenus introuvables, les femmes se peignent les jambes, poussant le réalisme jusqu’à dessiner la couture du bas. Par manque d’essence - réquisitionnée pour les véhicules allemands -, les voitures fonctionnent au charbon de bois grâce au gazogène, un appareil simple à fabriquer, avec des matériaux faciles à se procurer, et qui produit un gaz pauvre permettant d’alimenter les moteurs. Les semelles de bois ou de liège remplacent le cuir.

Tout est soumis au rationnement, le tabac, la laine... Les Français souffrent de la faim, de la malnutrition et tombent plus facilement malades : le nombre de morts dues à la tuberculose double. Les carences alimentaires ou en vitamines que subissent les enfants affectent leur croissance. Les queues s’allongent quotidiennement devant les magasins et les épiciers, dont les boutiques sont vides mais les arrière-boutiques souvent pleines, en profitent. Pour s’en sortir, les Français pratiquent le marché noir, strictement interdit : dans les rapports de gendarmerie, ce délit figure dans la rubrique « Agissements nuisibles au relèvement du pays ». Les Français qui s’y livrent achètent au prix fort, sans ticket de rationnement, les aliments qui manquent le plus comme le beurre, le café, les fruits ou la viande. Mais tous n’ont pas les moyens nécessaires pour profiter de ce trafic, d’autant que les prix ont connu une hausse considérable. Ainsi, le kilo d’épinards qui était à 2,50 francs en 1940 s’élève à 10 francs l’année suivante dans la ville de Tours.

Les allers et retours sont alors fréquents pour trouver du ravitaillement dans les familles qui vivent à la campagne. En effet, si les villes souffrent de la faim, les campagnes, elles, ont accès à une alimentation suffisante et variée. De plus, d’un département à l’autre, les produits circulent mal. La ration quotidienne moyenne est alors estimée à 1 500 calories, et assurément moins en ville. À titre de comparaison, un rapport de l’OCDE daté de 2005 estime la consommation actuelle moyenne en France à 3 654 calories [1].

Pendant la guerre, les Français souffrent également du froid, d’autant que les hivers sont rigoureux, surtout en 1940-1941.

Coches

Ceux qui ne font pas leur pain eux-mêmes s’en procurent chez le boulanger du bourg, en échange de blé. Le contrôle de la quantité fournie se fait à la coche : baguette de noisetier (seul bois accepté par le juge de paix lors de litiges). La baguette est fendue en deux, et chaque pain distribué se marque par une encoche faite d’un même coup de couteau sur le bord des deux demi-baguettes alors accolées.

Boulanger et consommateur conservent chacun sa demi-baguette sur laquelle ils peuvent lire, en comptant les coches, le nombre de pains acquis (ou vendus).


Tickets de rationnement pain et pommes de terre

Les cartes de ravitaillement classent les Français en huit catégories.
Désormais, on n’est plus bourgeois ou prolétaire, mais À ou T.
L’adolescence, cet anonymat aux frontières troubles, se voit arbitrairement découpé et le législateur, aidé par la longueur des restrictions, fera passer le mot J 3 du langage administratif à celui du théâtre et du cinéma.
Voici quelles sont les catégories de rationnaires :

  • E : Enfants âgés de moins de 3 ans.
  • J 1 : Enfants âgés de 3 à 6 ans.
  • J 2 : Enfants âgés de 6 à 13 ans.
  • J 3 : Adolescents de 13 à 21 ans.
  • A : Consommateurs de 21 à 70 ans, ne se livrant pas à des travaux donnant droit aux catégories T ou C.
  • T : Travailleurs de force (de 21 à 70 ans). La carte T donne droit à des suppléments de pain, de viande, de vin, etc. Objet, à ce titre, de bien des convoitises, elle est attribuée suivant des règles parfois incompréhensibles. Y ont droit ceux qui fabriquent des billards ou des armures de théâtre, mais non les fabricants de parapluies : ceux qui travaillent dans une usine de conserves de poisson, mais non ceux qui sont employés par une usine de conserves de légumes ; ceux qui confectionnent des yeux de poupées, mais non les horlogers
  • C : Consommateurs de plus de 21 ans se livrant à des travaux agricoles.
  • V : Consommateurs de plus de 70 ans

Le ravitaillement fut difficile en ville, au moins jusqu’en 1947.

L’ouest-éclair - 17 sepptembre 1943 - réunion des réfugiés

L’ouest-éclair - 1940 et 1941

L’ouest-éclair du 27 novembre 1941 - rationnement de courant

Tickets et cartes de rationnement

Tickets de rationnement divers (vêtements, vin, tabac)

Tickets de rationnement - pain E et sucre

Visite pastorale du 8 mai 1944

Visite pastorale du 8 mai 1944

Visite pastorale du 8 mai 1944

L’équipe de football en 1942-1944 "Les Jeunes des Touches"

L’église de Sainte-Luce

Carte postale septembre 1943

Carte postale mars 1945

Carte postale septembre 1946

Paroles d’un ouvrier agricole, par Yolaine Goulet et André Illan

Notes

[1la consommation moyenne au moyen-âge est estimée à 3 500 calories

Total 642 visites depuis 80 jours | Contact | La Résistance dans le 44 | Les Touches | Les Touches - Haut Lieu | Site réalisé par Frédéric Jeanneau | SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0