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Le Conseil National de la Résistance (C.N.R.)

mercredi 7 septembre 2022

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Le Conseil National de la Résistance officiellement créé

Extraits du livre : "Histoire de la Résistance" par Henri Noguère Tome VI - Pages 73 à 83 - Mai 1943

Le Conseil National de la Résistance officiellement créé

Cette constitution — aboutissement de longues et difficiles négociations — comme cette séance inaugurale, c’est à Jean Moulin et à lui seul qu’il appartenait de les évoquer, puisque aussi bien c’était là son œuvre maîtresse, et que, bonne ou mauvaise, cette construction politique unique dans l’histoire de notre pays devait porter à jamais sa marque.

C’est donc aux rapports de Jean Moulin ayant précédé et suivi la première réunion du C.N.R. que nous emprunterons le récit des ultimes pourparlers et celui du déroulement de la première séance.

C’est dans son rapport du 7 mai (parvenu à Londres le 14 mai 1943) — le plus long de tous ceux qu’il ait adressés à Londres — que Jean Moulin a rendu compte de l’heureuse conclusion des négociations :

La constitution de ce Conseil, qui a été assez laborieuse, écrivait-il, est maintenant un fait accompli. À mon retour ici, Brossolette ne m’a pas caché qu’il estimait le projet très difficilement réalisable, en raison de l’hostilité particulièrement vive qu’il rencontrait de la part des mouvements de zone Nord.

J’ai donc entamé des pourparlers avec chacun des mouvements, bien décidé à faire triompher le point de vue que vous aviez arrêté. J’ai la satisfaction de vous annoncer que toutes les réticences ont été vaincues auprès des mouvements et que l’accord s’est finalement réalisé. Je crois devoir vous indiquer toutefois que j’ai été amené à renoncer, du moins pour l’instant, à la constitution de la « Commission permanente » du Conseil, et que j’ai repris mon premier projet, donnant aux Comités de coordination des deux zones le pouvoir d’exécution des décisions du Conseil.

J’espère pouvoir réunir cette Assemblée avant la fin de ce mois, afin qu’elle puisse prendre nettement position au sujet des affaires d’Afrique du Nord.

Je me permets de vous rappeler qu’il est indispensable que je reçoive au plus tôt le message-programme que je vous ai demandé par câble.

Je vous fais parvenir par pli chiffré les noms des délégués désignés par les différents partis.

Cette liste était la suivante :

« Ceux de la Libération » : Madelin (Il s’agissait, bien évidemment, d’une erreur, Madelin (Vogüé) appartenant à C.D.LR.)
« Ceux de la Résistance » : Lecompte-Boynet
« Front National » : Villon
« Libération-Nord » : Brunschwig-Bordier
O.C.M. : Blocq-Mascart
« Combat » : Claude Bourdet
« Franc-Tireur » : Avinin
« Libération-Sud » : Pascal Copeau
Parti communiste : Guilloux (André Mercier)
Parti socialiste : Daniel Mayer (Il deviendra le secrétaire général du Parti socialiste réunifié - zone Nord et zone Sud - après la réunion qui se tiendra le 17 juin 1943 chez P.E. Dizard).
Radicaux socialistes : X... Marc Rucart
Démocrates-populaires : Bidault
Alliance démocratique : Laniel
Fédération républicaine : Louis Marin (ou un représentant désigné par lui).
C.G.T. : Saillant
C.F.T.C. : Gaston Tessier.

Elle avait été établie à partir des indications fournies à Jean Moulin et à ses collaborateurs parisiens. Quelques changements de personnes interviendront cependant encore avant la réunion inaugurale, fixée au 27 mai.

Liste des représentants des diverses organisations ayant participé à la création du C.N.R :

  • les 2 collaborateurs de Jean Moulin :
    • Robert CHAMBEIRON
    • Pierre MEUNIER
  • les 17 membres du C.N.R. :
    • Jean MOULIN Président du C.N.R.
    • André LE TROQUER pour la SFIO
    • Jacques-Henri SIMON pour Organisation civile et militaire
    • Pascal COPEAU pour Libération-Sud
    • Georges BIDAULT pour les Démocrates-populaires
    • André MERCIER pour le PC
    • Pierre VILLON pour le Front national de la résistance
    • Claude BOURDET pour Combat
    • Jacques LECOMPTE-BOINET pour Ceux de la Résistance
    • Gaston TESSIER pour la CFTC
    • Roger COQUOIN pour Ceux de la Libération
    • Eugène CLAUDIUS-PETIT pour Franc-Tireur
    • Joseph LANIEL pour Alliance démocratique
    • Jacques DEBÛBRIDEL pour la Fédération républicaine
    • Charles LAURENT pour Libération-Nord
    • Marc RUCART pour les Radicaux
    • Louis SAILLANT pour la CGT

Échange de messages

Échange de messages

Entre-temps, dès le 15 mai, agissant déjà en sa qualité de président du C.N.R., Jean Moulin, en prévision de la rencontre de Gaulle-Giraud considérée comme imminente, mais dont la date n’avait pas encore été arrêtée, avait adressé ce message au chef de la France Combattante :

Paris, 15 mai 1943

Tous les mouvements et partis de résistance de la zone Nord et de la zone Sud, à la veille du départ pour l’Algérie du général de Gaulle, lui renouvellent, ainsi qu’au Comité National Français, l’assurance de leur attachement total aux principes qu’ils incarnent et dont ils ne sauraient, sans heurter violemment l’opinion française, abandonner une parcelle.

Tous les mouvements et partis de résistance tiennent à déclarer formellement que la rencontre prévue doit avoir lieu au siège du Gouvernement général de l’Algérie, au grand jour et entre Français.

Ils déclarent en outre :
1° Que les problèmes politiques ne sauraient être exclus des conversations.
2° Que le peuple de France n’admettra jamais la subordination du général de Gaulle au général Giraud et demande l’installation rapide à Alger d’un gouvernement provisoire, sous la présidence du général de Gaulle ; le général Giraud devant être le chef militaire.
3° Que le général de Gaulle demeurera le seul chef de la Résistance française, quelle que soit l’issue des négociations.

Il n’est, pour mesurer l’importance de ce texte et ses conséquences immédiates, que de se référer aux Mémoires de Guerre du général de Gaulle :

Le télégramme de Paris, transmis à Alger et publié par les postes-radio américains, britanniques et français libres, produisit un effet décisif, non seulement en raison de ce qu’il affirmait, mais aussi et surtout parce qu’il donnait la preuve que la Résistance française avait su faire son unité. La Voix de cette France écrasée, mais grondante et assurée, couvrait, soudain, le chuchotement des intrigues et les palabres des combinaisons.
J’en fus, à l’instant même, plus fort, tandis que Washington et Londres mesuraient sans plaisir, mais non sans lucidité, la portée de l’événement. Le 17 mai, le général Giraud me demandait « de venir immédiatement à Alger pour former avec lui le pouvoir central français ». Le 25 mai, je lui répondais : « Je compte arriver à Alger à la fin de cette semaine et me félicite d’avoir à collaborer avec vous pour le service de la France ».

De son côté, le général de Gaulle avait fait tenir à Jean Moulin, quelques jours avant la date prévue pour la réunion du C.N.R.*, le « message-programme » demandé. En voici le texte, tel que le général de Gaulle l’a, par la suite, publié :

Le document porte la date du 10 mai 1943.

Dans cette guerre, où la patrie joue son destin, la formation du Conseil de la Résistance, organe essentiel de la France qui combat, est un événement capital.

L’unité des buts et des sentiments, établie depuis longtemps entre la masse de la nation qui lutte sur son territoire et ceux de ses fils qui combattent au-dehors, se traduit désormais par l’unité dans l’action.

Car c’est de cela, d’abord, qu’il s’agit. Pour que la Libération et la victoire soient françaises, il est impérativement nécessaire que la nation se rassemble dans un effort proprement français. Notre intérêt immédiat, notre grandeur de demain, peut-être même notre indépendance, sont à ce prix. Tout ce qui est dispersion, action isolée, alliance particulière, dans n’importe quel domaine où se déroule la lutte totale, compromet à la fois la puissance des coups portés à l’ennemi par la France, et sa cohésion nationale.

C’est pourquoi il est essentiel que la Résistance sur le territoire national forme un tout cohérent, organisé, concentré. C’est fait, grâce à la création du Conseil de la Résistance, qui fait partie intégrante de la France Combattante et qui, par là même, incarne la totalité des forces de toute nature engagées à l’intérieur contre l’ennemi et ses collaborateurs.

Mais l’affreux bouleversement, politique, économique, social, moral, où le désastre, la trahison, l’usurpation ont plongé notre pays, ne prendra pas fin par le seul fait que les forces allemandes et italiennes auront été écrasées par les forces alliées. Ce bouleversement a des causes profondes. Il aura d’immenses conséquences. La guerre présente est pour toutes les nations, mais avant tout pour la France, une colossale révolution.

Il est donc en premier lieu et immédiatement nécessaire que la nation fasse en sorte d’émerger de la Libération dans l’ordre et dans l’indépendance, ce qui implique qu’elle soit organisée par avance de manière à être aussitôt gouvernée, administrée, suivant ce qu’elle-même désire, en attendant qu’elle puisse s’exprimer normalement par le suffrage des citoyens.

A ce point de vue, le Conseil de la Résistance doit, d’ores et déjà, apporter au Comité National des éléments pour ses décisions quant aux dispositions à prévoir en mesure de la Libération. D’autre part, au moment de la Libération elle-même, le Conseil doit paraître comme une sorte de première représentation des désirs et des sentiments de tous ceux qui, à l’intérieur, auront participé à la lutte. Ainsi pourra-t-il fournir au Comité national lui-même l’appui, le concours et, dans une large mesure, l’instrument, indispensables pour exercer ses devoirs à l’intérieur et l’aider à faire valoir sans délai, vis-à-vis des puissances étrangères, les droits et les intérêts de la France.

Il s’agit, enfin, de savoir si nous saurons sortir du chaos par une rénovation susceptible de rendre à la patrie sa grandeur, avec les moyens de jouer le rôle éminent qui revient à son génie, et, en même temps, d’assurer à tous ses enfants la sécurité, la liberté, la dignité, dans leur travail et dans leur vie. Il appartient au Conseil de la Résistance, plongé au centre du creuset où, dans sa douleur et dans son combat, se forge la France nouvelle, de recueillir toutes les données et de susciter tous les travaux qui pourront éclairer la nation et guider ses dirigeants dans le choix de la route qui la mènera vers son avenir.

Telle est la tâche, très étendue et très périlleuse, qui incombe au Conseil de la Résistance. L’importance en est extrême. Le Conseil s’en acquittera, malgré toutes les difficultés, avec le seul but de servir la France et en s’inspirant constamment de cette fraternité nationale qui, seule, permet à la nation de résister à ses malheurs et la mettra, demain, à même de se reconstruire et de se renouveler.

La première réunion du C.N.R

La première réunion du C.N.R

Ainsi, tout était prêt pour cette première réunion du C.N.R.
L’organisation matérielle en avait été confiée à Meunier et à Chambeiron.

Il s’agissait, se souvient ce dernier, de réunir les gens, et là, la tâche n’était pas aisée. Il fallait trouver un local absolument sûr et y amener dans des conditions de sécurité absolue tous ceux qui devaient assister à la réunion et qui avaient été informés qu’elle aurait lieu le 27 mai. Après mûre réflexion, Moulin, Meunier et moi avions estimé qu’une des personnes sur lesquelles nous pouvions absolument compter était René Corbin, qui habitait rue du Four. Il avait appartenu comme nous à l’équipe de Pierre Cot et, dès 1940, son attitude de patriote avait été empreinte d’une grande intransigeance. A cette époque, il était Trésorier-payeur général du Loiret, et il nous avait donné son accord pour que la réunion constitutive du C.N.R. ait lieu chez lui.

Fidèles à une règle que nous avions toujours suivie et que nous devions toujours suivre durant toute l’occupation, nous ne donnions jamais aux gens l’adresse du local où ils devaient se réunir. Nous les convoquions à des endroits et à des heures précis et nous les amenions à la réunion. En cas d’arrestation il était préférable d’en savoir le moins possible. Je dois dire que cette règle était efficace puisqu’elle nous a permis jusqu’à la Libération de faire toutes nos réunions sans accroc (.….)

Pour la rue du Four, les rendez-vous avaient été donnés dans un rayon assez large, et c’est Moulin, Meunier et moi qui avons amené successivement tous les membres constitutifs du C.N.R. à la réunion.

Ces participants étaient, pour la plupart, ceux dont les noms avaient été communiqués à Londres. Des changements de dernière minute étaient toutefois intervenus :

Coquoin représentait C.D.L.L.
J. H. Simon, l’O.C.M.
Charles Laurent, « Libération-Nord »
Claudius-Petit, « Franc-Tireur »
André Le Troquer, le Parti socialiste
Marc Rucart, le Parti radical
Jacques Debû-Bridel, la Fédération républicaine.

Quant au déroulement de la séance elle-même, voici le récit que devait en faire Jean Moulin dans son rapport adressé le 4 juin à André Philip, commissaire à l’Intérieur du Comité National Français (On trouvera de larges extraits de ce rapport du 4 juin dans les annexes du tome Il des Mémoires de Guerre du général de Gaulle (p. 491 à 493)).

Après avoir remercié tous les membres d’avoir répondu à l’appel du général de Gaulle, j’ai cru devoir rappeler brièvement les buts de la France Combattante tels que les avait définis son chef :

1) Faire la guerre.
2) Rendre la parole au peuple français.
3) Rétablir les libertés républicaines dans un Etat d’où la justice sociale ne sera point exclue et qui aura le sens de la grandeur.
4) Travailler avec les Alliés à l’établissement d’une collaboration internationale réelle, sur le plan économique et spirituel, dans un monde où la France aura regagné son prestige.

J’ai indiqué incidemment que si, comme le général de Gaulle l’avait dit et écrit, le jeu de la démocratie supposait l’existence de partis organisés, la présence au sein du Conseil des représentants des anciens partis politiques ne devait pas être considérée comme sanctionnant officiellement la reconstitution des dits partis tels qu’ils fonctionnaient avant l’armistice.

J’ai insisté pour que, bien au contraire, il soit fait l’effort intellectuel et l’effort de discipline nécessaires pour constituer de larges blocs idéologiques capables d’assurer la solidité et la stabilité de la vie publique française.

Après ces quelques paroles liminaires, j’ai donné lecture du message du Général qui est arrivé fort à propos et qui a été écouté non sans émotion par tous les assistants.

Le représentant des démocrates populaires a ensuite présenté le texte de la motion qui vous est parvenue et que nous avions arrêtée en commun. Après échange de vues, la motion a été adoptée à l’unanimité,

Le Conseil a enfin décidé de consacrer tous ses efforts à réaliser sur l’ensemble du territoire et, d’abord, à l’échelon de la région, l’union étroite des formations représentées au sein du Conseil de la Résistance.

Je tiens à souligner que tous les membres, ainsi que leurs mandants, ont attaché le plus grand sérieux et la plus haute importance à cette réunion.

Certains mouvements qui, malgré tout, avaient conservé à l’égard du Conseil quelques préventions semblent, maintenant, avoir compris l’intérêt de cet organisme et le poids qu’il peut avoir.

La table autour de laquelle les membres du C.N.R. se sont réunis

L’emplacement du Président du C.N.R. Jean Moulin, à la table

Plaque rappelant la date de la première réunion du C.R.N. le 27 Mai 1943

Le musée où se trouve la table

Plan du secteur de Paris où a eu lieu la première réunion du C.N.R.

La motion Bidault

La motion Bidault

Le « représentant des démocrates-populaires », Georges Bidault, avait effectivement été chargé par Jean Moulin de présenter un texte que tous deux avaient soigneusement préparé, et soumis à l’avance à un certain nombre de futurs membres du C.N.R. sur l’appui desquels ils savaient pouvoir compter. C’est ainsi que, notamment, l’adhésion de Pascal Copeau, représentant de « Libération-Sud », avait été préalablement obtenue.
Georges Bidault, qui travaillait depuis longtemps comme responsable du B.I.P., en prise directe avec Moulin, avait tout naturellement accepté d’entrer dans le jeu du Délégué national, avec qui il était en tout point d’accord*.

* Jean Moulin — soit pour donner plus de poids à Georges Bidault, soit pour ne pas avoir au C.N.R. un porte-parole de Frenay — avait tenté, sans succès comme on s’en doute, d’obtenir que Bidault soit, au C.N.R., le représentant non des démocrates-populaires mais de « Combat ».

La « motion Bidault » avait donc été adoptée à l’unanimité.
En voici le texte :

Le Conseil de la Résistance, réuni quelque part en France occupée le 25 mai 1943, constate avec une joie immense la libération totale de l’Afrique du Nord par la victoire des armées alliées, anglaises, américaines et françaises.

Cette victoire, venant après les magnifiques succès remportés par l’armée de l’Union soviétique, apporte aux Français qui luttent sur le sol national une grande espérance.

Le Conseil s’incline avec piété devant tous ceux qui sont tombés. Il félicite et il remercie les combattants et leurs chefs. Il dit son admiration à tous. Il adresse une pensée particulière de reconnaissance et d’affection à ceux qui ont vaincu sous le drapeau de la France. Il se réjouit que le grand effort africain, esquissé depuis le mois de juin 1940, poursuivi dès la rentrée en guerre de l’A.E.F., développé en 41 et 42 grâce à la participation des forces de la France combattante aux campagnes de Cyrénaïque, grâce aux exploits de la colonne Leclerc, ait été parachevé aujourd’hui par la jeune armée du général Giraud.

Le Conseil salue avec une vive satisfaction la décision prise, au lendemain de cette victoire, par le général de Gaulle et le général Giraud de se rencontrer très prochainement à Alger pour réaliser l’unité de toutes les forces françaises dressées contre l’ennemi de la Patrie et ses complices du dedans.

En cette heure solennelle de l’histoire de notre pays et au moment où va se fixer son destin, le Conseil doit exprimer l’opinion du peuple qui lutte sur le sol de la métropole encore occupé, sur les conditions dans lesquelles il convient de consacrer cette unité.

La France, déjà présente sur tous les fronts, aspire à rentrer plus intensément encore dans la guerre libératrice et à y jeter toutes les ressources de son Empire libéré.

Pour atteindre pleinement son but, il faut qu’elle ait, au plus tôt, un gouvernement unique et fort qui coordonne et qui ordonne, affirmant aux yeux du monde son prestige retrouvé de grande nation.

Le Conseil considère comme inadéquate l’institution à cet effet d’un simple Comité exécutif, surtout s’il devait comporter une dualité de direction incompatible avec les nécessités de la guerre et l’ampleur de sa mission.

La France ne peut concevoir que la création d’un véritable gouvernement, provisoire certes, mais en ayant toutes les formes et toute l’autorité, répudiant une fois pour toutes, officiellement et dans les faits, la dictature de Vichy, ses hommes, ses symboles, ses prolongements.

Elle entend que ce gouvernement — c’est le devoir du Conseil de l’affirmer avec netteté — soit confié au général de Gaulle qui fut l’âme de la Résistance aux jours sombres et qui n’a cessé depuis le 18 juin 1940 de préparer en pleine lucidité et en pleine indépendance la renaissance de la Patrie détruite, comme des libertés républicaines déchirées.

Elle souhaite ardemment que le général Giraud, qui a préparé et assuré avec les Alliés la victoire en Afrique du Nord, prenne le commandement de l’armée française ressuscitée.

Ainsi seront réalisées techniquement et moralement les conditions nécessaires à l’unité de toutes les forces françaises combattantes, instrument indispensable de la libération et de la résurrection de notre pays.

Les problèmes subsistent

Les problèmes subsistent

Les problèmes subsistent

L’essentiel, aussi bien dans l’esprit des rédacteurs de la motion que pour ceux des membres du C.N.R. qui, tels les communistes, n’avaient pas caché leurs réserves (au cours de « échange de vues »...) mais avaient cependant voulu un vote unanime, était, bien entendu, la partie relative aux problèmes qui allaient être évoqués, à Alger, entre de Gaulle et Giraud. La motion Bidault devenue expression de la volonté unanime du C.N.R. confirmait et renforçait le télégramme « décisif » de Jean Moulin.

Il semble donc, au moment où s’achève ce mois de mai 1943, que se dissipent, comme par miracle, à Alger aussi bien qu’à Paris, tous les nuages.

La réalité est quelque peu différente. tout au moins à Paris.

Peu de jours après la réunion de la rue du Four, des contacts seront établis entre Blocq-Mascart et Vogüé pour les mouvements de zone Nord, Claude Bourdet pour « Combat ». Il s’agira de créer, pour remplacer la « Commission permanente » du C.N.R., dont l’idée a été abandonnée, un « Comité Central de la Résistance » auquel ne participeraient que les formations représentées au sein du Comité directeur des M.U.R., en zone Sud, et du Comité de coordination de zone Nord.

Cela reviendrait à constituer, en marge d’un C.N.R. de 17 membres qu’il sera pratiquement impossible de réunir régulièrement, un exécutif de la Résistance dans lequel ne figureraient pas les partis politiques et les syndicats, acceptés à contrecœur uniquement pour « aider » de Gaulle dans une conjoncture internationale difficile.

En somme, tout allait bientôt être remis en question.

Du côté des partis politiques, ou, tout au moins, du Parti communiste, l’unanimité réalisée le 28 mai n’avait pas, non plus, effacé tous les problèmes.

Nous estimions, nous dira Pierre Villon, qui représentait le « Front National » à la réunion de la rue du Four, qu’en plus de ce texte* qui devait permettre à de Gaulle de dire : « Toute la Résistance est d’accord avec le Comité que je préside », le Conseil National de la Résistance devait manifester par un appel au pays cette union réalisée entre les mouvements de résistance principaux, entre les « familles spirituelles » comme on disait, pour ne pas avouer que la plupart des partis politiques n’étaient pas reconstitués mais étaient simplement représentés par d’anciens dirigeants, et puis les organisations syndicales. En somme, une union, réalisée entre les forces politiques, patriotiques, les organisations syndicales et les mouvements de résistance de différentes tendances et origines, devait être marquée aussi devant les patriotes à l’intérieur du pays. Le Conseil National de la Résistance devait donner des consignes d’action à notre peuple. Mais à ce moment-là, Jean Moulin estimait que nous étions trop nombreux et depuis trop longtemps réunis.
Nous étions dix-sept dans cette petite salle à manger de la rue du Four. Nous lui avions remis ce projet de texte d’appel. Plusieurs fois nous lui avions fait demander ce que cet appel était devenu. Puis Meunier me répondit qu’il y avait quelques difficultés. En fait, le texte fut publié, mais on avait barré parmi les moyens d’action énumérés : les grèves. En somme, il y avait dans certains mouvements des patrons qui craignaient que la Résistance habitue les ouvriers aux grèves.

* Il s’agit de la motion Bidault.

Enfin, l’euphorie avec laquelle Moulin et ceux qui épousaient ses vues avaient salué, au soir du 27 mai, la réussite de la délicate opération politique à laquelle ils s’étaient consacrés depuis si longtemps, ne devait pas leur masquer une autre réalité, toujours présente : l’action menée avec des moyens chaque jour plus puissants par les services de contre-espionnage d’un ennemi qui prendra désormais la Résistance française d’autant plus au sérieux que son influence sur le cours des événements sera plus évidente.

Par une singulière coïncidence, le 27 mai 1943 — c’est-à-dire le jour même où le C.N.R. s’est réuni pour la première fois — le chef de la Sicherheitspolizei, Kaltenbrunner, signait et adressait à Ribbentrop, pour que celui-ci le remette personnellement au Führer*, un long rapport sur l’ Armée Secrète, rapport qui aurait pu porter comme titre « ce que les services de contre-espionnage allemands savent, en mai 1943, de la Résistance française ».

* Qui apposera sa griffe manuscrite sur le document le 4 juin 1943.

Il se dégage sans doute de ce rapport la constatation réconfortante que la Résistance française représente, pour l’armée allemande, une menace « qui ne doit pas être sous-estimée ».
Mais il apparaît surtout que, jusque dans les moindres rouages de l’organisation, à quelques erreurs de détail près, le contre-espionnage allemand est singulièrement bien informé.

Les semaines, les jours qui vont suivre en apporteront la tragique confirmation.

Le programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944

Le programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944

70ème ANNIVERSAIRE du PROGRAMME du CONSEIL NATIONAL de la RESISTANCE, 15 MARS 1944

"LES JOURS HEUREUX" Par Le CNR . Programme Du Conseil National De La Résistance sur le site du Comite pour une Nouvelle Resistance- CNR

Alors que l’actuel et le précédent président de la République "détricotent" tous nos acquis... voici Pour notre mémoire : le programme du Conseil National de la Résistance 15 mars 1944 (version intégrale)

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R., délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I - PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

Les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en œuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la résistance ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur résistance armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la Résistance Française doit ou se battre ou disparaître ; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général De Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.
Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état-major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.
Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but de ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par-dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la résistance ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés ; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre :

a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b) En accord avec les états-majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organiser des milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l’état-major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;

4) Coordonner l’action militaire avec l’action de résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.

Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande œuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4) Afin d’assurer :

  • l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
  • la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
  • la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
  • la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
  • l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
  • le respect de la personne humaine ;
  • l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :
  • l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
  • une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
  • l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
  • le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
  • le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
  • le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
b) Sur le plan social :
  • le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
  • un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
  • la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;
  • la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
  • un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
  • la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
  • l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
  • une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
  • le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée,

quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.

Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.
L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

L’Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

L’Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

"LES JOURS HEUREUX" Par Le CNR . Programme Du Conseil National De La Résistance sur le site du Comite pour une Nouvelle Resistance- CNR

L’Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

A l’occasion de la commémoration du 60ème anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance, adopté dans la clandestinité le 15 Mars 1944, 13 résistants de la première heure ont lancé un appel aux jeunes générations, pour que la flamme de la résistance ne s’éteigne jamais.

Résister c’est créer ! Créer c’est résister ! Lise London, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Philippe Dechartre, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Georges Séguy, Maurice Voutey.

Cet important texte "testamentaire", passage de témoin d’une génération aux suivantes, a été proclamé à Paris, maison de l’Amérique latine, le 8 mars 2004, à l’initiative du mouvement ATTAC sur une idée de l’association "Nantes Est Une Fête".

Cet appel est toujours d’actualité.


Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004
Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combaîttantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique. sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

  • Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des ” féodalités économiques ”, droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
  • Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau ” Programme de Résistance ” pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
  • Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

" Créer. c’est résister. Résister. c’est créer“.

Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy. Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

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