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La mission du Lieutenant Marienne

samedi 23 juillet 2022

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Résistants de Ploërmel

Extraits du livre de Jean Paulin "La Rage au Cœur" - 1948 -, et sources diverses.

Camp de Fairford en Angleterre, témoignage de Jean Paulin : Convoqué à la tente du Lieutenant Marienne, nous entrons le cœur battant.
Le Lieutenant nous expose le programme de la mission :
- "Le Commandant Bourgoin m’a fait l’honneur de me charger de la direction de cette première mission. J’en suis fier et nous sommes peu à avoir cette gloire de nous battre en France, les premiers de tous les soldats alliés !
De ce qui se passe ici, des plans que nous allons étudier, rien ne doit transpirer au dehors...
Nous devons sauter ici, demain soir !, en indiquant sur la carte, la région Nord-Est de Vannes en Bretagne.
Le bataillon doit opérer en Bretagne pour l’isoler du reste du territoire, tout en infligeant des pertes en hommes et en matériel à l’ennemi, par nos destructions de ses moyens de communication, de transmission et de liaisons.
Des renseignements que nous recueillerons, dépendra la décision du commandement d’envoyer dans les jours suivants les groupes de combats et de destruction chargés de la mission principale.
Notre second objectif est de former une base appelée à devenir le centre nerveux d’où rayonneront les groupes de sabotage et d’assaut et où ils viendront se réapprovisionner en munitions et en explosifs".

Le 5 Juin 1944 à vingt-deux heures, sur le terrain d’aviation, le Commandant Bourgoin paraît, il n’a pas voulu laisser partir ses hommes, ses gars, sans leur apporter un ultime adieu, un dernier encouragement.
Les moteurs s’emballent, les roues quittent le contact du sol britannique...
Après un quart d’heure environ de vol au-dessus de la mer, l’avion prend de l’altitude...
La lourde trappe est ouverte, nous volons maintenant en rase-mottes et les cimes des arbres défilent à une vitesse vertigineuse à quelques mètres sous nos pieds. Au plafond l’ampoule rouge s’allume, deux minutes s’écoulent, la lampe verte s’allume, je me sens basculer, tiré à une vitesse vertigineuse, et je suis stoppé par le parachute s’ouvrant d’un coup sec... Je prends contact rudement avec le sol...

Un groupe c’est retrouvé plus loin, sous un violent feu d’armes automatique qui les obligea à se jeter à terre, seul le caporal Bouetard ne se releva pas, il avait reçu une balle en plein front, à 3 heures du matin le 6 juin 1944, c’est le premier mort du jour J. L’ennemi étant trop nombreux, le groupe a décroché.
Après avoir rejoint tous les autres, nous couvrons plusieurs kilomètres.
Vers neuf heures du matin, un petit groupe approche, ce sont des campagnards...
Le lieutenant Marienne tire des plans concernant l’installation de la base et opère le classement des nombreux renseignements, transmis par les chefs d’une résistance encore à l’état de formation, mais existante. Nous nous mettons en route pour joindre la fameuse base, située sur le territoire du petit village de Saint-Marcel-en-Malestroit.
Nous atteignons notre objectif à la nuit tombante. Mes camarades et moi pénétrons dans la salle commune de la ferme de La Nouette, qui va devenir le centre nerveux, le Q.G. parachutiste et F.F.I. de toute la Bretagne.
Depuis l’installation de la base, quelques équipes de sabotages nous ont rejoint après avoir fait de l’excellent travail sans perdre un seul homme. Les voies ferrées sont coupées en de multiples points, des convois ont déraillé sous les ponts, obstruant le passage.

Le 10 Juin 1944, un message : "Manchot arrivera ce soir, stop. Prévoyez arrivée hommes et matériel".
La nuit est venue, plus de cinq cents hommes sont chargés de protéger le terrain. Bientôt le premier avion survole la zone, dans son sillage des parachutes, l’un d’eux attire mon attention, ce n’est pas un parachute mais une grappe de trois, le Lieutenant Marienne me dit : "C’est le Commandant". Les Anglais sont gens de précaution, ils ont confectionné un parachute spécial pour le Commandant français manchot. Les Anglais sont aussi des gens sensibles, délicats, car le parachute du Commandant est tricolore !
- Eh bien, Marienne, questionne le Commandant, tout va-t-il bien ?
- Oui, mon Commandant, quoique j’aie l’impression que ça va chauffer d’ici peu.
- Nous avons pourtant besoin d’une semaine de calme encore, pour terminer l’armement d’une véritable petite armée. Après cela, ils pourront y venir, nous serions en force pour les recevoir !
Toutes les nuits, régulièrement, les Sterlings apportent leurs chargements d’hommes et de "containers". Le camp a maintenant un effectif parachutiste toujours croissants. Les compagnies de F.F.I. y passent quelques jours pour y être équipées, ce qui fait qu’il y a toujours de huit cents à mille hommes présents.

Le 18 Juin, c’est l’attaque du Maquis de Saint-Marcel.
Les parachutistes font de nombreuses victimes, en particulier le Lieutenant Marienne qui, utilisant une jeep pourvu de fusils-mitrailleurs Bren et de la seule Vickers, a gagné le surnom de "Lion de Saint-Marcel".
Le 24 Juin, le Lieutenant Marienne reçoit de Londres sa nomination au grade de Capitaine, en même temps que celle au grade de Lieutenant-Colonel du Commandant Bourgoin.

Le 12 Juillet 1944, le Capitaine Marienne et quinze parachutistes et F.F.I. sont tués. Ce sont des miliciens avec des uniformes de parachutistes pris à des morts, qui les ont capturés par surprise et par ruse, frappés, injuriés et exécutés un à un d’une rafale de mitraillette sous les yeux goguenards des Allemands ! Le sort est trop injuste, Marienne et les autres méritaient tout au moins de mourir au combat, les armes à la main.

Histoire et témoignage de Madame Pierre Bourgoin (article retiré du site https://www.piedsnoirs-aujourdhui.com/)

Le lieutenant F.F.I. Morizur les conduit sans le savoir à l’endroit où presque tous, y compris lui-même, seront massacrés avec $ autres paras et 10 patriotes par les miliciens de Zeller (un ancien officier de la marine française) et les allemands. Ainsi, Le Capitaine Marienne est tombé par trahison le 12 juillet 1944 à l’aube à Kérihuel.

Madame Pierre Bourgoin a écrit : Je n’aipas connu Je Capitaine Marienne mais depuis 32 ans j’entends prononcer son nom avec la même vénération. Adoré de tous ceux qui l’ont approché, il est devenu en pays gallo, un héros légendaire. Son époux, le Colonel Bourgoin, député de Paris, décédé en 1970 a tenu à reposer près de lui et de ses compagnons dans le cimetière de Plumelec où la population leur a dressé un monument.

Le drame de Kérihuel par François SOUQUET
Pierre Marienne sur le musée de l’ordre de la libération

Le drame de Kérihuel par François SOUQUET

La tombe du Capitaine Marienne et du Lieutenant Martin, près du Monuments aux Morts à Plumelec (Morbihan)

Pierre Marienne, son parcours dans l’armée et dans la Résistance - ordredelaliberation.fr

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